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Messages

Pouvoir et domination

J’étais repartie de la bibliothèque avec ma pile de livres sous le bras, déterminée à comprendre les mécanismes, les tenants et aboutissants du pouvoir et de la domination, histoire de fourbir mes armes contre ces nombreux crétins - les p’tits bullies insignifiants, les salopards, les tyrans, les boys clubs  de ce monde et les prédateurs en général. Sociologie de la domination, psychologie du pouvoir, et même, biologie du pouvoir. Quand madame veut savoir… Question d’agrémenter ces lectures, et ainsi nourrir ma flamme souverainiste – car rien n’est éteint, quoiqu’en disent certains -, j’avais également choisi, en lisière de cette petite étude « dominant-dominé », un ouvrage sur le nationalisme québécois, manifeste « tra[çant] les grandes lignes d’une réflexion systématique et critique sur la nature de la revendication nationalitaire dans le monde contemporain », un court texte paru en 1981, rédigé par nulle autre que Michèle Lalonde, et son collègue Denis Monière. J...

Giselle, 15 ans, trompée, manipulée…

«  Les ballets sont des rêves de poète pris au sérieux  » (1) Théophile Gautier (1811-1872), poète et auteur du ballet Giselle  *** Dans le cadre de leur saison « ode à la femme » ( « Ode à la femme », mon œil ), les Grands Ballets canadiens de Montréal nous proposent un « chef-d’œuvre classique intemporel », « l’apothéose du ballet romantique », oui, vous l’aurez compris, un autre classique sexiste imbuvable, obsolète et désuet : Giselle . Aimer « à la folie », ou, manipulation psycho-affective d’une mineure  Créé en 1841 par le fameux boys club de l’Opéra de Paris de l’époque (Marius Petipa et son petit groupe), le ballet Giselle reçut alors des critiques dithyrambiques, la danseuse étoile, Carlotta Grisi, qui y tenait le rôle principal, brillait par sa grâce et sa légèreté : « elle semble voler ». (2) (Soulignons au passage qu’en ballet classique, comme dans nombreux contes féeriq...

Un 15 mars sur Terre...

Les jours passèrent et se ressemblèrent péniblement, avec, toujours, ce merdique sentiment d’impuissance au ventre qui vous rogne l’âme, l’espoir et ce reliquat de survie. Puis est arrivé vendredi. Vendredi 15 mars, oui. Enfin, « un peu d’air pur dans toute cette marde », comme dirait Falardeau. « So-so-so, solidarité ! Sau-sau-sau, sauvons la planète ! »  Ils sont beaux, ces jeunes, tout de même. Beaux, sensibilisés, informés, concernés. Ils ont aussi beaucoup d’énergie. Jamais je n’avais vu une manif avancer si vite. Leurs pas étaient fermes, rapides, déterminés. Presque militaire, cette marche, mais dans la gaieté, la joie, les cris. Tassez-vous de d’là, ils arrivent. Des dizaines de milliers d’étudiant-es, des profs, des parents, des citoyennes et des citoyens du monde, et même des touristes, ont joint ce mouvement, cette marche mondiale pour le climat. Beaucoup de jeunes, cela va sans dire, des moins jeunes aussi et des pas mal moins jeunes égale...

Plat de résistance

« Vous faites quoi, vous, madame, dans la vie ? », me demanda la dame avec qui je jasais à l’arrêt d’autobus. «  Oh boy , comment dire… » Je lui ai résumé ça à pas grand-chose, à ces quelques tâches insipides qui permettent néanmoins de payer le loyer et quelques factures. Mais à l’intérieur de moi, au fin fond de moi-même, j’avais juste envie de lui balancer toute la vérité, la mienne en tout cas, de lui déclarer haut et fort, dans un élan profondément puissant, comme Michèle Lalonde récitant Speak White , tout ce qui m’habite en-dedans : Moé, madame, j’écris. Par pure nécessité je vous dirais, car je ne suis ni écrivaine, ni auteure, ni autrice. Je suis une artiste-militante, une ex-danseuse devenue blogueuse, par la force des choses et de la résistance . Je suis une féministe-anarchiste-en-câlisse, une chercheuse de troubles, comme une faiseuse de ce genre, une fière nullipare, une progressiste, une souverainiste, une indépendantiste… Yes indeed, you m...

Une fière nullipare parmi d’autres

J’avais 5 ans et c’était clair comme de l’eau de roche. Je me rappelle même où cela s’est produit, dans la cuisine de la maison rouge – il y a eu la rouge, la blanche et la grise, la maison de la mort. Appelez ça une révélation, une épiphanie, l’instinct, l’intuition, le destin, un « foudroiement karmique » ou autre, cela n’a aucune importance, car, du haut de mes 5 ans, j’avais déclaré en mon for intérieur : « Moi, je n’aurai jamais d’enfant ». Dans ma tête, mon corps, mon esprit, mon âme, ce dossier était réglé une fois pour toutes, et je n’avais même pas encore commencé la maternelle…  Erreur ! Ce fût en réalité, et à l’inverse, un dossier particulièrement pénible à traîner, à plaider, une vie durant. Car par la suite, j’ai passé mon enfance, ma puberté, mon adolescence, ma vie de jeune adulte et de femme adulte, bref toute ma vie quoi – contrairement à mon frère jumeau , soit dit en passant -, à devoir me justifier, à rendre des comptes à qui mieux...

Peuple, deboutte !

Ce court texte, écrit et envoyé à un journal à la mi-février, et puis à un autre (quelque peu modifié), alors que des profs à Montréal décidaient de joindre le mouvement étudiant pour la grève pour le climat , n’a jamais été publié – refusé, ignoré, snobbé, qu’en sais-je. Je le publie donc ici, en soutien à «  [t]ous ces rassemblements [qui] mettent la table pour la "grève du climat", le 15 mars prochain  », avec, en prime, une belle citation de Thoreau. Vous savez à quel point j’aime les citations de rebelles, d’anarchistes, de féministes, de marginaux et les autres. ***  Le 15 mars prochain, ce ne sont pas seulement les étudiantes, les étudiants, les enseignantes et les enseignants qui doivent débrayer et manifester, c’est le peuple entier… Deboutte, viarge ! À qui la rue ? À nous, la rue !  C’est maintenant ou jamais qu’il faut s’enlever la tête du sable, métamorphoser l’apathie en mouvement, se lever et prendre la rue, en tant que peuple uni, réuni, rass...

En rafale… (6)

Un homme qui pose des questions cherche la vérité. Une femme qui pose des questions, elle, cherche la chicane. Et comme je (me) pose beaucoup de questions… Étant donné le réchauffement climatique et l’importante fonte des glaciers des dernières années, est-il encore exact, ou même approprié, de parler de « la pointe de l’iceberg », ou si ça ne fait plus aucun sens cette expression-là ? Ça ne vous dirait pas, vous autres aussi, d’avoir droit à des prévisions piétonnières , relatant les conditions des trottoirs à Montréal, du genre : « Oubliez le coin Pie-IX et Ontario, ça va encore ressembler à une énorme patinoire » ? - Nette augmentation de chutes sur la glace à Montréal et Laval  Avez-vous vu ça ? Un nouveau record de rassemblement de schtroumpfs  : 2762 participants. Ma question est fort simple : pourquoi ? « Pour avoir fait l'école buissonnière [dans le cadre de la Première grève scolaire pour le climat à Montréal ], Sara Montpetit et...

La Place des arts… et des hommes

La majorité des théâtres et des salles de spectacles au Québec portent le nom de « grands hommes ». Sans vouloir dénigrer ou minimiser leurs accomplissements et leurs contributions à la culture québécoise, la question se pose tout de même : pourquoi les femmes y sont-elles sous-représentées ? Seulement à la Place des arts , par exemple, on retrouve plusieurs salles de spectacles et espaces culturels, or, pas une seule femme au programme toponymique : La Salle Wilfrid-Pelletier, le Théâtre Maisonneuve, le Théâtre Jean-Duceppe, la Salle Claude-Léveillée et la Cinquième salle (on a choisi un chiffre avant le nom d’une femme…), sans oublier l’ Espace culturel George-Émile-Lapalme , anciennement le Hall des Pas perdus, qui connut un important réaménagement en 2011, rénové, renommé, bref, toute le kit… une autre belle occasion perdue. (Cet espace, soit dit en passant, est également un excellent endroit pour s’adonner à des manifs-solo ou quelconque performance artistic...

Le Lac des cygnes, ou, le drame de Tchaïkovski

Dans le cadre de leur saison « ode à la femme » ( « Ode à la femme », mon œil ), les Grands Ballets canadiens de Montréal nous offrent un « joyau du répertoire classique », c'est-à-dire un autre classique insupportable basé sur un conte sexiste, passé date, revampé maintes fois, usé jusqu'à la corde et révolu, qu’il faudrait définitivement ranger dans les annales du ballet classique, Le Lac des cygnes , présenté par le Ballet national de Pologne. Contexte historique : Tchaïkovski (1840-1893)  D’abord, il faut savoir que ce premier ballet du compositeur russe Tchaïkovski – il nous en donna trois, malheureusement – fut créé entre 1875 et 1877, sur commande, et « ne reçut qu’un médiocre accueil à sa création le 20 février 1877 » (1). Comme les deux autres ballets de Tchaïkovski, La Belle au bois dormant (1888-1889) et Casse-Noisette (1891-1892), Le Lac des cygnes est basé sur des thèmes et contes sexistes de l’époque, « inspiré...

Leçon guerrière (2)

Dans la vie, il faut choisir ses batailles. C’est du moins ce qu’on dit. Mais parfois, c’est la bataille qui vous choisit. Une cause qui vous tient particulièrement à cœur vous demande de vous lever, de prendre les armes et de vous battre. Pour elle, pour les autres, pour les générations à venir. Et quoi de mieux que des faits, des arguments et les bons mots pour le dire, pour aller au batte. La nécessité, la nécessité, la nécessité  Les agents d’immeuble répètent sans cesse «  location, location, location  », moi je dis « la nécessité, la nécessité, la nécessité ». Car d’aussi loin que je me rappelle, je n’ai jamais rêvé d’écrire ou de publier quoi que ce soit, outre mes p’tits travaux d’école bien entendu, et un essai dans mon domaine d’expertise. Tout ce qui m’intéressait, moi, dans la vie, c’était de lire et de danser - «  Laissez lire, et laissez danser; ces deux amusements ne feront jamais de mal au monde  », disait Voltaire. J’aime aussi Vol...

Le freak show, version XXIe siècle

À la fin du XIXe   siècle, jusqu’au début du XXe, les cirques américains mettaient bien souvent en scène des gens atteints d’une maladie, d’une pathologie, d’une déformation quelconque et autres « monstruosités » de la nature. Certains freaks et phénomènes de foire savaient faire des acrobaties, mais pour la plupart, ils se tenaient là, exhibant tout simplement leurs anomalies : « Au Ringling Brothers – Barnum & Bailey Circus, à New York sur Madison Square Garden, par exemple, le sideshow des freaks était juste à côté de la ménagerie. On y montrait littéralement les gens comme des animaux. » (1) « Le cirque [Barnum], à cette époque, faisait, beaucoup plus qu’aujourd’hui, appel à la cruauté de la nature. Parmi les attractions, il y avait des patients atteints de maladies endocrinologiques, tels que des nains; la femme la plus grosse du monde; le plus grand des hommes; le type avec la plus grosse mâchoire, etc. D’autres étaient des patients a...

Les narcissiques sont parmi nous (3)

J’ai arrêté de les compter. J’ai également cessé de prendre des notes mentales concernant ces gens fascinés, obnubilés, hypnotisés par leur propre image. Il y en a trop. Ils sont partout. Partout, tout le temps, constamment. Dans le métro l’autre jour, par exemple, une jeune femme a passé le trajet au grand complet à se regarder la binette sur son téléphone intelligent, en vidéo, sorte de miroir portatif vivant, mouvant - la joie sans doute. J’observais la dame qui, elle, se regardait sur son téléphone. Je te regarde, tu te regardes. Ça s’arrête pas mal là. Pas d’échanges possibles, pas de communication non plus. C’est le nombrilisme qui prime. J’ai pensé, pendant un moment, que peut-être cette femme souffrait en réalité d’anxiété, et que cette image d’elle-même, familière, rassurante, voire apaisante, était comme avoir quelqu’un qui la raccompagnait jusqu’à la maison. Allez savoir, je ne lui ai pas demandé. Une autre femme, elle, a passé huit stations de métro - je suis débarqu...

Le cadenas psycho-socio-économique

« Il n’y a pas de complot, ni de directives écrites, ni de liste noire. Il n’y a qu’une machine bien huilée où chacun sait très bien de quel côté son pain est beurré. Et chaque intellectuel québécois sait très bien, à moins d’être un naïf ou un parfait imbécile, qu’il ne doit pas aller trop loin. Le choix est simple. Travailler ou ne pas travailler. Manger ou ne pas manger. Il faut penser conforme, écrire conforme, filmer conforme, sinon… (…) » Chaque chercheur, en histoire par exemple, sait très bien quoi chercher, quoi ne pas chercher et quoi trouver, s’il veut grimper dans l’appareil universitaire et continuer à recevoir ses subventions, s’il veut survivre. Il se doit de ne pas mettre son nez dans la fosse septique qui nous tient d’histoire officielle. Il s’en tient au papotage historique. » Pierre Falardeau, Un cadenas dans le cerveau (1997), dans Les bœufs sont lents mais la terre est patiente (Typo, 2009). « J’aime mieux radoter et être dans la réalité que pr...

Résolution (non-négociable) pour la télévision

C’est le temps des résolutions, et j’en ai une cruciale à proposer aux médias en général, mais principalement aux artisan-e-s de la télévision - surtout après ce Bye bye conçu entièrement par un immense Boys Club (vous devriez avoir honte, messieurs) : On veut des femmes à la télévision en 2019 ! C’est simple, non ? Des femmes en charge, des femmes qui conçoivent, pilotent, animent des émissions, des femmes qui déménagent, qui brassent la cage et la barraque. On veut des émissions conçues, écrites, réalisées, animées, name it , par des femmes, avec une, deux, trois animatrices et leurs complices. Des émissions qui traitent d’art, de culture, de politique, d’économie, de tout ce qui passe dans l’actualité, quoi, et ce, dans une perspective féminine, voire féministe. Car il y en a mauditement marre de tous ces hommes (blancs, évidemment) qui parlent sans cesse, inlassablement, trop même, à la télévision. Vous n’êtes pas tannées, vous autres ? Sincèrement ? Faut-il enco...

En rafale… (5)

Un homme qui pose des questions cherche la vérité. Une femme qui pose des questions, elle, cherche la chicane. Et comme je (me) pose beaucoup de questions… Avez-vous déjà vu un Pitbull perdre tous ses moyens et son mordant devant un autre Pitbull beaucoup plus influent ? Non ? Vous avez manqué l’entrevue de Guy A. Lepage à Deux hommes en or ? … Sucker . ( Deux hommes en or, deux femmes invisibles ) La liste des personnes les plus influentes au Québec, selon L’actualité  : est-ce qu’on est dans la zone paritaire ? La ministre [Sonia] LeBel dit avoir rencontré les « Courageuses » afin de « mieux comprendre leurs expériences au sein du système de justice », « leurs témoignages nourrissa[ie]nt déjà ses réflexions » … (Pas de question, c’est juste une observation - Au diable votre panier de Noël ! ) Pensez-vous que Kevin Spacey va emporter son beau tablier aux imprimés de pères Noël et sa tasse vide en prison ? (Les narcissiques sont définitivem...

La grande Petrowski

Je capote. Je dirais même que je suis déchirée à l’intérieur. La grande Petrowski quitte La Presse ? Au revoir ? ... What the fuck ? Ça ne se peut pas. Ben voyons don' ! Ce n’était même pas une possibilité dans mon esprit. Ce journal, à mes yeux, ne peut fonctionner sans Petrowski. La grande dame de la culture québécoise fait partie des meubles, du paysage urbain, et Déesse sait qu’on en a grandement besoin. Oui, on a toujours besoin, et peut-être même plus que jamais, de femmes comme Nathalie Petrowski, une grande gueule qui n’a pas froid aux yeux, qui n’a pas peur de se mouiller, avec son franc-parler, de critiquer, de s’insurger sur la place publique, malgré les tomates qui lui seront forcément balancées. Alors oui, je capote. C’est tout mon intérieur qui pleure. Méchant « cadeau » de Noël… Ah non c’est vrai, fuck Noël. Même que je dis que les fans de Petrowski, les vrai-e-s, celles et ceux qui ont bu tous ses mots, lu et relu ses textes, ceux qu'on trouve du ...