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Les adultes enfants

Une femme monte l’escalier roulant juste devant moi avec son immense sac à dos de bébé lala. J’en profite alors pour prendre quelques photos à son insu car personne ne croira ce que j’ai vu. La façade externe transparente de son énorme sac rose nanane est remplie de toutous, et des cossins roses et ringards de toutes sortes sont accrochés sur les côtés comme un étui à photos, des porte-clés, des chaînettes, des bébelles et des cossins bling bling qui font du bruit. En marchant, la jeune femme fait un vacarme gling-gling…

C’est sans doute une enfant, vous vous dites ? Une petite fille avec un gros sac enfantin ? Eh bien non. J’ai pris une autre photo pour vous le prouver. Sans pouvoir l’identifier, on voit très bien qu’il s’agit d’une femme d’âge adulte, possiblement une universitaire, allez savoir. 

Quelques-unes de ses tresses sont elles aussi roses comme son sac et ses multiples toutous de style « Hello Kitty ». Mais dans quel monde vivons-nous, bordel de merde ?

Enfant, vous m’auriez proposé de me payer pour me promener avec un sac aussi cucul et quétaine sur le dos rempli de toutous que j’aurais refusé. À une certaine époque, il n’y avait rien de pire, dans notre esprit d’enfant, que de passer pour des bébés lala, des enfants qui ne sortent jamais de l’enfance et de son état de dépendance.

Même qu’on s’habillait en « plus vieux » possible pour ne pas faire notre âge. Tout ce que l’on désirait c’était de devenir des adultes indépendants le plus vite possible. Et aujourd’hui, pourtant, c’est clairement le contraire qui se produit. Cette tendance est non seulement étrange et épouvantable mais m’apparait être un sérieux problème de société.

Un phénomène inquiétant

Pendant l’été, La Presse a publié un article intitulé Le phénomène fascinant des « adultes Disney ». Fascinant ? Vous voulez dire pathétique, non ? Étrange ? Inquiétant ? Dans cet article, on décrit certains de ces adultes qui capotent bizarrement sur le merveilleux monde de Disney, Mickey Mouse et sa gang de personnages, de même que leurs nombreux et très onéreux produits dérivés. 

Une des femmes interviewées pour l’article possède chez elle une pièce entière remplie de toutous, de peluches et de multiples cossins très dispendieux de Disney : « Cette pièce est la représentation visuelle de son monde intérieur : elle pense constamment à Disney, confie-t-elle. » 

Une « représentation visuelle de son monde intérieur » ? Ayoille. Faut grandir, ma belle. Ou bien consulter une vraie professionnelle. 

Une autre femme, elle, qui accepte même de se faire photographier avec des oreilles de Mickey Mouse sur la tête, parle ainsi de cet « univers » : « "La magie, la quiétude, la tendresse, la douceur, c’est tout un univers qui nous transporte ailleurs. On oublie complètement nos problèmes quand on passe les portes, on redevient un peu l’enfant qu’on était", affirme Vicky Boivin. Il y a 10 ans, elle a délaissé sa carrière en criminologie pour fonder sa propre agence de voyages, dont un volet est consacré aux destinations liées à Disney. » Pas de commentaire...

L’adulte dans la pièce 

Certains trouvent peut-être ce phénomène très « cute », pour ma part, je trouve cela à la fois inquiétant et désolant. Si tout le monde demeure des enfants, qui va être l’adulte dans la pièce quand ce sera le temps de prendre des décisions importantes, déchirantes ou bien de discipliner des enfants qui se comportent mal ? 

Psychologiquement parlant, les enfants devraient normalement chercher à s’émanciper, à vieillir, à vouloir devenir des adultes même si, non, ce n’est pas toujours facile d’être des adultes et d’avoir des « responsabilités ». Malheureusement, cette tendance infantile se voit un peu partout dans l’espace public. 

Non, on ne fera jamais de pays avec c’te monde-là, j’vous dis. – Les éternels enfants (et l’indépendance du Québec) 

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Photos : Sylvie Marchand, métro Frontenac, Montréal, sept. 2026.

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