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Lab-école, trouvez l'erreur


Vous souvenez-vous des anciennes émissions de popotte au Québec? De Jehane Benoît, Suzanne Lapointe, Soeur Angèle, et bien d'autres encore? À l'époque, plusieurs disaient la même chose: des émissions de bonnes femmes, inintéressant, c'est quoi l'idée de faire des maudites recettes à la télévision, quel niaisage, et bien d'autres choses encore. Jusqu'à ce que les hommes arrivent en masse, investissent les cuisines, ainsi que leurs lucratifs concepts culinaires télévisuels. Dès lors, c'est devenu branché. Un gros chef bedonnant avec des tattoos plein les bras, cool.

Maintenant, c'est au tour des écoles. Depuis belle lurette - c'est-à-dire depuis toujours -, les femmes ont investi l'éducation et ses lieux. Elles revendiquent sans cesse, et ce avec beaucoup d'efforts et d'investissements personnels, de meilleures conditions pour leurs élèves et pour elles, en vain. Personne n'écoute, personne n'intervient. Ça n'intéresse personne.

Mais voilà que surgissent trois vedettes médiatiques québécoises, trois hommes bien entendu, et tout à coup, des fonds apparaissent, en plus de nombreuses tribunes pour les écouter parler. « Oh wow, quelle bonne idée. Quels hommes inventifs, créatifs, des visionnaires, bref des génies. » La belle affaire.

L'initiative est extraordinaire, certes; on salue leurs efforts et leur implication. Ce n'est pas ça le problème. Il se pose ailleurs.

Outre le fait qu'on n'entend pas parler les femmes dans ce dossier - ni même le plaisir d'en voir une seule comme tête d'affiche -, quelqu'un peut-il m'expliquer une fois pour toutes pourquoi il faut toujours des hommes pour crédibiliser un réel problème décrié par des milliers de femmes depuis des décennies?

En mars dernier, le premier ministre du Québec Philippe Couillard a encore refusé de rencontrer le Collectif 8 mars, alors que ce dernier représente
700 000 travailleuses (je répète, 700 000 femmes). Et voilà que trois hommes se pointent (trois), préoccupés par les conditions de vie à l'école (avec raison encore une fois), et là, les choses bougent, le ministre de l'Éducation octroie des fonds, on entame un battage médiatique: sauvons nos écoles, aidons nos enfants.

Allo?! Les femmes en parlent depuis très longtemps; les enseignantes, les éducatrices, les spécialistes de l'enfance et de l'apprentissage, name it... Anybody home? (Encore faut-il leur donner du temps d'antenne - voir Deux hommes en or, deux femmes invisibles.)

Il en est de même dans nombreux dossiers d'ailleurs. Question de se rafraîchir la mémoire, le cas Bill Cosby aux États-Unis (que l'on évoquera sans doute un jour comme de l'époque pré-Weinstein).

Pendant des années, des dizaines de femmes ont allégué avoir été droguées et agressées sexuellement par le comédien Bill Cosby. Silence radio. Jusqu'au jour où, en 2014, l'humoriste américain Hanniball Buress présente un numéro sur scène dans lequel il parle du « violeur Bill Cosby ». Et vlan! Scandale. Les médias s'enflamment alors pour déboucher sur les procédures que l'on connait, dont le procès de la courageuse torontoise Andrea Constand en 2017.

On dit que le silence est d'or. Dans certains cas, c'est vrai. Mais la parole des femmes, elle, que vaut-elle dans les faits? D'la merde?!

Can you hear me now? ... Can you hear me now? ... Can ya.. (Fuck, ç'a coupé.)

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