Né à Paris en 1647, François Poullain de La Barre (1647-1723) était clairement un homme drôlement en avance sur son temps, un visionnaire de la pensée humaniste, un précurseur de son époque.
En 1673, en effet, l’homme qui fit des études en théologie et qui fut ordonné prêtre publia une étude sur « l’émancipation des femmes » intitulée De l’égalité des deux sexes : discours physique et moral où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés.
Se défaire des préjugés sexistes, des discriminations et des inégalités dont étaient et demeurent victimes les femmes.
À cette époque, les femmes n’occupent toujours pas de postes ou de fonctions dans la sphère publique ou dans l’arène politique, et leurs tâches demeurent essentiellement maternelles et domestiques ; faire des enfants, s’en occuper, les nourrir, les soigner, les élever, en plus de voir à toutes les tâches domestiques.
Pourtant, Poullain de La Barre, lui, au XVIIe siècle, rêvait déjà de voir des femmes intégrer les domaines des sciences et occuper des postes et des fonctions importantes à la justice, au parlement ou encore dans l’armée : « Ce serait une chose plaisante de voir une femme être assise sur un tribunal pour y rendre justice, à la tête d’un parlement, conduire une armée, livrer une bataille, et parler devant les républiques ou les princes comme chef d’une ambassade. »
À ses yeux, si les femmes avaient été autorisées ou étaient déjà en place et en fonction à son époque, la société se serait tout simplement habituée à les voir et à les entendre à la tête d’une nation comme au sein de l’armée ou d’une institution quelconque. À la longue, cette place des femmes actives dans la société serait devenue tout à fait normale.
De Poullain de La Barre à de Beauvoir
Précurseur d’un discours féministe sur l’égalité des deux sexes, Poullain de La Barre s’éloignera par la suite de l’Église catholique et se convertit au protestantisme après avoir écrit et publié des essais sur la « condition féminine ». Il quitte la France pour s’installer à Genève où il meurt en 1723.
L’homme féministe avant tout le monde ainsi que ses écrits tombent par la suite quelque peu dans l’oubli. Mais une certaine Simone de Beauvoir (1908-1986) le ressuscite, d’une certaine manière, en le citant en 1949 dans le Deuxième sexe : « Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect car ils sont à la fois juge et partie. »
À la fois juge et partie, les hommes se sont en effet posés comme représentant la norme qu’ils ont ensuite définie, décrite, établie. Tout le reste, par défaut et définition, apparaissait dès lors « anormal » comme l’énigmatique et insondable « féminin ».
Or, pour Poullain de La Barre, déjà au XVIIe siècle, il ne faisait aucun doute que « les deux sexes sont égaux pour le corps et pour l’esprit », et donc, toutes les portes devraient leur être ouvertes.
Car le féminisme c’est l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est l’égalité entre les humains. C’est l’égalité sociale. Point.
Êtes-vous pour ou contre l’égalité sociale ? Êtes-vous pour ou contre la justice sociale ? Voilà les questions fondamentales du féminisme. Même au XXIe siècle.
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« C’est l’ordinaire des vainqueurs de mépriser ceux d’entre les vaincus qu’ils estiment les plus faibles. Et les femmes le paraissant, à cause de leurs fonctions qui demandaient moins de force, furent regardées comme étant inférieures aux hommes. »
– François Poullain de La Barre (1647-1723)
