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Agresser la femme qui dort (encore)

Bon, on recommence. Et la liste non-exhaustive s’allonge… 

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Simon Houle, cet ingénieur de « bonne moralité », a plaidé coupable à des accusations d'agression sexuelle et de voyeurisme, reconnaissant avoir agressé une femme durant son sommeil. 

Similairement, « pendant un voyage de chasse à Victoriaville, en septembre 2019, Robert Mitchell "a agressé sexuellement la plaignante pendant qu’elle dormait dans son lit, détaille le jugement. Elle pensait être en sécurité." » 

En 2020, Gilbert Rozon a été acquitté des accusations portées contre lui d’avoir violé une femme durant son sommeil, se posant lui-même en « victime » dans cette affaire. 

Le comédien américain Bill Cosby, lui, droguait pour sa part des femmes à l’aide de sédatifs pour mieux les endormir et les violer en toute tranquillité. 

Un répartiteur du 911 a lui aussi profité du sommeil d’une policière pour l’agresser sexuellement lors d’une fête avec des collègues. « Elle s’est réveillée, avec horreur, et l’a repoussé. » Notons que l’absolution demandée par l’accusé ne lui fut pas accordée et qu’il « est impossible d’être répartiteur au 911 avec un casier judiciaire ». L’agresseur en question écopa de 90 jours de prison. 

L’ex-député libéral Yves St-Denis a été trouvé coupable d’agression sexuelle en août 2019 pour avoir embrassé une femme durant son sommeil. « Même si son refus de dormir ensemble était clair, Yves St-Denis s’est rendu dans la chambre et a embrassé la victime dans son sommeil. Celle-ci s’est aussitôt réveillée en le repoussant. » 

Bref, agresser une femme durant son sommeil n’a strictement rien de nouveau. C’est non seulement une proie facile, un jeu d’enfant, mais également une histoire pour enfant : La Belle au bois dormant

Pour bon nombre de ces violeurs, de ces agresseurs et de ces délinquants sexuels, en effet, la femme qui le repousse l’ignore encore, mais elle le désire inconsciemment. Lui, « séducteur aguerri », à qui elle a peut-être dit « non » auparavant, insiste néanmoins et la révélera à son véritable désir. 

Dans Descente au cœur du mâle – De quoi #MeToo est-il le nom (LLL, 2018), le philosophe Raphaël Liogier décortique pour nous ce conte obsolète, sexiste et révolu du « prince charmant » qui viole la princesse : « Dans la version positive, non pas dans celle, négative, du viol pur et simple perpétré par un monstrueux Weinstein, tout séducteur aguerri se représente un peu comme le prince qui embrasse la Belle au bois dormant. Un baiser ainsi volé ne l’est pas tout à fait. De même que la main baladeuse qui effleure des fesses dans une rame de métro bondée n’est jamais vue comme tout à fait incongrue. Car une femme est toujours un peu endormie, prête à être embrassée, touchée, éveillée à un désir encore inconnu d’elle. […] La morale de l’histoire est saisissante : À qui a de la chance, le bien vient même en dormant. » 

Manifestement, même durant leur sommeil, un « état de grande vulnérabilité » nous dira le juge Matthieu Poliquin, les femmes ne sont pas en sécurité. Faut-il que les femmes cessent de dormir ? Ou, au contraire, faut-il réveiller brusquement le système de justice afin d’ouvrir les yeux et la conscience de leurs représentants.

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En lien : Personne ne viendra te sauver, ma belle  / Pour en finir avec Cendrillon / Agresser la femme qui dort / Giselle, 15 ans, trompée, manipulée...

(Oui, je l'admets, j'haïs en titi les contes de fées, les films et les ballets sexistes.)

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