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La grande déception


On m’a déjà dit que tout était réglé, qu’on n’avait plus besoin d’être féministe, que l’égalité était atteinte, chose faite, une affaire du passé. Et pourtant, pourtant, il faut sans cesse recommencer. 

À chaque crise (économique, sanitaire, sociale ou autre), ce sont d'abord les femmes de même que les plus vulnérables qui écopent. 

On peut le lire et le constater partout depuis le début de cette pandémie : les plus pauvres s’appauvrissent, les êtres les plus fragiles font une psychose, une rechute, une crise d’anxiété ou autre. Les riches, pendant ce temps, s’enrichissent de plus belle (et dans certains cas, effrontément), tandis que les dominants « insécures », eux, c’est-à-dire peu sûrs d’eux-mêmes (ça va souvent ensemble d'ailleurs, l’insécurité intérieure et le besoin de dominer autrui) frappent encore plus fort, intimident davantage, agressent, violent, voire tuent sauvagement les femmes. 

Malgré les prétentions féministes et supposément égalitaires de notre société et de notre bon gouvernement, les femmes écopent encore, constamment, continuellement et bien souvent insidieusement – lire entre autres Les femmes valent plus que du béton de l’éditorialiste Stéphanie Grammond (La Presse, 23 mars 2021). 

Égalité et partage des pouvoirs, une question comptable 

Dans le système comptable de la vie, il y a la liste des revenus et celle des dépenses. Pour chaque dollar qui sort, il faut au moins qu’il y ait un dollar qui entre, mieux encore deux, qui sert à l’épargne, à l’économie ainsi qu’à éponger la maudite et inévitable inflation. 

Similairement, chaque fois qu’un homme marque un but, une femme devrait gagner. 

Vous investissez 120 millions dans l’industrie de la construction ? Ce même montant devrait être investi dans les secteurs hautement féminins, comme l’éducation, les arts et les soins. 

Vous investissez encore dans l’industrie du jeu vidéo et des technologies remplie de gars et de geeks ? Idem, soit vous exigez de ces compagnies la parité, soit ces entreprises qui font beaucoup d’argent doivent compenser dans la société, en renflouant les caisses des centres pour femmes violentées, par exemple. 

Vous avez un ou des boys clubs au sein de votre station de radio ? Vous devriez avoir autant de girls clubs au micro, ou bedon les démanteler carrément en intégrant tout simplement le même nombre de femmes compétentes à ces émissions. Ce n’est pourtant pas dur à comprendre, non ? 

On nous propose un autre podcast de hockey intitulé La poche bleue ? Quelqu’une, quelque part, devrait présenter le projet Les boules roses. Ça parlerait bien plus que juste de hockey et ça brasserait de tous les bords tous les côtés. 

Vous avez une équipe de direction entièrement masculine au sein de votre organisation ? Entrez avec nous au XXIe siècle, les boys, et arrivez en ville, simonac. 

L’instrumentalisation des femmes est révolue, le temps de l’hypocrisie et de l'entre-soi aussi. Tout le monde doit faire sa juste part, à commencer par ceux qui en ont le pouvoir, en tirant les femmes comme les moins privilégiés de notre société vers le haut. 

L’égalité, crisse, on veut l’égalité.

***

« Que nous vivions dans la misère ou l'aisance, que nous soyons ignorantes ou cultivées, belles ou laides, célèbres ou inconnues, mariées ou célibataires, travailleuses ou au chômage, mères ou sans enfants, rebelles ou obéissantes, nous sommes toutes profondément marquées par une manière d'être au monde qui, même lorsque nous la revendiquons nôtre, est empoisonnée à la racine par des millénaires de domination masculine. » 

- Elena Ferrante, Les odieuses, dans Chroniques du hasard (Gallimard, 2019)

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