Largué par le promoteur de Québec, les spectacles du chanteur français Patrick Bruel, prévus en novembre prochain dans le cadre de sa tournée soulignant les 35 ans de son album Alors regarde, sont maintenant annulés. Notons que les spectacles prévus à Montréal, eux, sont toujours à l’affiche pour le moment. Mais à quelques jours de la tournée du chanteur français, qui débute le 16 juin prochain, la pression monte.
Le chanteur n’a pas (encore) été reconnu coupable de quoi que ce soit, certes, mais le nombre de plaintes, d’allégations et d’accusations d’agressions sexuelles ou de viol augmente. À ce jour, ce sont plus d’une vingtaine de femmes qui soutiennent avoir été agressées sexuellement par Bruel. Toutes ces femmes mentent ? Combien de femmes, de plaignantes faut-il pour que l’on prenne cette affaire au sérieux ?
Entendre l’avocat de Bruel déclarer en entrevue à la télé française que le chanteur paraissait beaucoup plus jeune que ses 32 ans – alors qu’il aurait agressé une mineure de 16 ans – était d’une absurdité sans nom et illustre à quel point on part de loin lorsqu’il s’agit d’agressions sexuelles sur des femmes. Affaire Bruel: son avocat affirme que le chanteur «faisait beaucoup moins que 32 ans» lors des faits présumés
Une suspension, svp
En 2014, Patrick Bruel a été fait chevalier de l’Ordre national du Québec, afin de souligner « le caractère exceptionnel de sa participation au rayonnement du Québec et de la Francophonie ». Lorsqu’il est venu chercher son insigne, en 2016, le premier ministre d’alors Philippe Couillard n’avait pas manqué de relever le grand homme qu’était Bruel : « compassion envers les plus démunis, respect des différences, solidarité, nécessité de lutter contre la faim et la misère ».
Et aujourd’hui, qu’attend le gouvernement du Québec pour lui retirer son insigne ? Selon le Journal de Québec, malgré une vingtaine de dénonciations pour des violences à caractère sexuel, Patrick Bruel demeure chevalier de l’Ordre national du Québec. Trois cas de figure seulement peuvent justifier une radiation du titre, entre autres, une condamnation.
Seulement, toutes ces procédures, d’éventuels procès ainsi que les jugements, le cas échéant, prendront beaucoup de temps avant de voir le jour de la justice. Et en attendant l’aboutissement de l’affaire Bruel en France, le ministère du Conseil exécutif à Québec pourrait néanmoins poser un geste symbolique en suspendant cet honneur, en mettant un « bémol moral » à son insigne de chevalier ou en le mettant carrément sur la glace pour « bris de confiance », le temps de voir ce qu’il adviendra de ces procédures légales contre le chanteur français.
Car, « fondé en 1984, l’Ordre national du Québec est la plus prestigieuse reconnaissance décernée par l’État québécois. Les membres de l’Ordre sont des personnalités éminentes qui ont contribué à l’édification d’une société québécoise créative, innovante et solidaire. »
Et manifestement, en attendant un potentiel procès et verdict, le nom du chanteur français Patrick Bruel ne devrait aucunement apparaître sur la « Place des grands hommes » du Québec.
