Nous voilà déjà au printemps, et pourtant, contre toute attente ou prédiction, j’aurais envie de rester dans l’hiver encore des semaines. Moi qui ai toujours détesté l’hiver, c’est ben pour dire. Même que j’aurais envie d’une grosse tempête, non, d’une énorme tempête de neige, dis-je, pour nous immobiliser pendant des jours et rester dans ma solitude. Je n’hiberne pas puisque je suis active (physiquement et intellectuellement). Je planche. Je planche depuis des années sur un ouvrage. Verra-t-il même le jour ? Je l’ignore. Mais tout en moi me dit d’écrire quand même ce livre. Je l’ai déjà abandonné auparavant. Je l’ai même laissé tomber plusieurs fois. Chaque fois, je le mettais de côté en me disant « oublie ça, ma belle ». Et pourtant, il resurgit constamment. Il revient sans cesse vers moi en courant comme un chien qui retrouve sa chienne. « Encore ça ! »
Ça fait des années que je lis des livres sur le sujet, que je me documente, que j’accumule des notes, des pages et des pages de notes, et que je développe ce qui, un jour, devrait ressembler à un manuscrit. Parfois, je me perds dans toutes ces notes, dans maints détails et faits historiques. Je tombe alors dans un puits sans fond, voire un trou noir abrutissant en me disant « Oublie ça, j’t’ai dit ! Trouve-toé une vraie job, bonyenne ! » Seulement, en ce moment, je n’ai aucune envie d’arrêter, de sortir de ma bulle d’écriture pour célébrer le printemps. Une grosse tempête de neige et hop ! le tour serait joué et je me reconfinerais aussitôt dans le silence de l’hiver. D’autant que mon voisin exécrable est tranquille ces temps-ci. Il doit être dans la phase « dépression » de sa bipolarité. Je prie ainsi : « Ah mon Dieu Seigneur Jésus, faites qu’il neige abondamment et que cet imbécile narcissique reste tranquille dans son appart de marde ! » Oui, je sais, « c’est pas gentil » comme on dit. Mais si vous saviez à quel point cet individu immonde peut être méchant. En gros, c’est le Donald Trump de l’immeuble. Mais, depuis peu, je le tiens légalement par les gonades...
Lorsque je sors de mon cocon, c’est simplement pour aller chercher des provisions. J’enfonce alors ma capuche sur ma tête et je fonce droit vers l’épicerie sans voir ni regarder personne. Car, contrairement à mon habitude, je n’ai aucune envie de me pogner ni de me prendre la tête avec quiconque. Parfois, il est vrai, il m’arrive d’y prendre un certain plaisir. Mais là, je ne souhaite pas être déconcentrée ni fulminer pendant des heures pour des niaiseries. Alors je baisse la tête comme un taureau (même si je suis Scorpion) et je fonce tout droit sur mon objectif afin de retourner dans ma bulle d’écriture au plus vite.
Je sors aussi, évidemment, pour aller marcher. En marchant, je ne vois rien non plus. Je corrige des phrases et des paragraphes dans ma tête, même s’il restera toujours des fautes. (Oui, je sais, il y a toujours des fautes.) Je change aussi l’ordre des textes… pour la énième fois. J’ai écrit, réécrit et ré-réécrit encore certains passages et chapitres qui ne verront peut-être jamais la lumière de la publication, mais qu’importe. C’est tout ce que j’ai envie de faire ces temps-ci, alors que les mots me hantent même la nuit, envahissant sans cesse mon esprit. Autrement dit, on me payerait cher pour faire autre chose ces jours-ci.
Sauf que... le printemps arrive et je suis cassée comme un clou. Et bientôt, très bientôt, il va falloir sortir de cette bulle hivernale d’écriture et aller faire du cash. Maudit hiver ? Non, maudit argent.
