Une femme que je croise régulièrement (au café où je passe beaucoup trop de temps) ne lit aucun journal. Comme plusieurs citoyens que je connais, elle ne s’informe pas, ne lit pas les journaux et ne connait rien à rien sur les différents sujets qui marquent l’actualité. Rien. Mais cette femme, appelons-la Fatima, sait que je lis religieusement les nouvelles et les journaux tous les jours. Souvent, elle me demande : « Pis, qu’est-ce qui se passe de bon aujourd’hui ? Est-ce qu’il y a des bonnes nouvelles ? » La plupart du temps, ma réponse est « non », « rien » ou « le monde est malade, madame ».
L’été dernier, avant d’aller au Liban, son pays d’origine, visiter sa famille, elle m’a demandé le plus sérieusement du monde si un embrasement allait survenir dans son pays, ce qui pourrait l’empêcher de revenir. « Tu crois que le Hamas pourrait intervenir depuis l’embrasement dans la région ? » « Si je savais la réponse à ce genre de questions, Fatima, je serais riche depuis longtemps. » Comme bien des gens, Fatima ne s’intéresse à la politique et à ses conséquences que lorsque celles-ci risquent d’affecter son quotidien, ses déplacements et ses vacances.
Après la démission du premier ministre du Québec François Legault, cette semaine, elle m’a demandé si c’était une « bonne » ou une « mauvaise » nouvelle. « Ça dépend où vous vous situez sur l’échiquier politique, j’imagine. À mes yeux, ce n’est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle. C’est une nouvelle, point. Une grosse nouvelle, certes, mais, comme le reste, ça va passer. » « Mais pourquoi il part au fait ? » insiste-t-elle. « Parce que de toute façon, il allait partir ! François Legault allait perdre les prochaines élections et partir dans quelques mois… Car il y aura des élections en octobre prochain, l’informais-je. Et donc, il quitte avant d’être battu, vous comprenez ? Il jette les gants avant la bataille, pour éviter de subir la défaite électorale. » « Ah bon ! s’indigne-t-elle. De toute façon, il n’a rien fait de bon pour le Québec, pas vrai ? » À quoi bon répondre à cela…
La succession
La vraie question qui se pose maintenant, deux jours après sa démission, mais qui n'intéresse pas Fatima, est : Pourquoi des gens se précipitent-ils pour remplacer le chef à la tête d’un parti politique moribond, sur le respirateur artificiel dans les sondages ? Pour être PM du Québec ne serait-ce que provisoirement ? Pour goûter enfin au vrai pouvoir enivrant, grisant, exaltant durant quelques mois ? L’histoire concernant la succession de François Legault se construit présentement mais on subodore déjà la suite. Une femme (Christine Fréchette ? Sonia LeBel ? Geneviève Guilbault ?) pourrait fort probablement se retrouver « première ministre du Québec » par intérim, c’est-à-dire jusqu’aux prochaines élections en octobre prochain, alors que la CAQ prendra très certainement une méchante débarque, la troisième voie n’étant rien d’autre qu’un cul-de-sac.
Car lorsqu’un désastre ou une transition désastreuse se prépare, se dessine à l’horizon, on envoie habituellement une femme au front. Soudainement, au nom de l’égalité et du partage du pouvoir, on souhaite ardemment voir une femme en charge. Parlez-en notamment à Dominique Anglade qui était « fière », en 2020, « de devenir la première femme cheffe d’un parti qui a toujours été à l’avant-garde du progrès économique et social », le Parti libéral du Québec, couronnée sans adversaire après la démission de Philippe Couillard. Madame Anglade savait-elle qu’on l’envoyait à l’abattoir ?