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Le terrain, le terrain, le terrain...


À la marche des femmes en mars dernier, j’avais croisé Manon Massé – voir Tout le monde en parle (pas). Je lui avais dit, le plus sérieusement du monde : « T’inquiète avec les sondages, ils sont complètement déconnectés de la réalité... les médias aussi d’ailleurs. La vague orange s’en vient. » Le reste de la conversation, elle, m’appartient.

Et hier soir, tranquille chez nous, en regardant les résultats de cette élection, je riais dans ma barbe - et Manon sans doute dans sa moustache – à voir la face de l’insupportable animateur de Radio-Canada s’insurger contre les sondages, pour conclure : « On va devoir faire une introspection... » Bon, enfin quelque chose d’intelligent, de pertinent, déclarée par M. Roy à la télévision. Encore faut-il le faire ce travail d’introspection, mesdames et messieurs. Car durant la campagne, ces « experts » disaient tout, rien et n’importe quoi. À quand des citoyen-nes sur ces panels pour vous ramener dans notre dure réalité ?

Pour ma part, je persiste et signe, les médias sont complètement déconnectés de la vraie réalité, des enjeux qui touchent le vrai monde, de cette colère qui gronde, la dernière manif La planète s’invite dans la campagne en étant un autre bel exemple (voir Des coquelicots et du grandiose).

« Percée inattendue de Québec solidaire » ? Euh, non, vous étiez dans le champ. Ce n’est pas pareil. Sortez de vos beaux studios bien éclairés, lâchez le maquillage, les « chiffres » et les sondages, et allez sur le terrain rencontrer des citoyens-nes, les deux pieds ancrés dans la réalité. N’est-ce pas là le vrai travail de reportage ?

« Le terrain, le terrain, le terrain... », comme disait Vincent Marissal hier soir, qui, lui aussi, doit rire (et pas à peu près) dans sa barbe grise.

Car le terrain, moi, je le parcoure. À pied, en métro, en autobus, entre deux jobines sales qui me permettent de survivre dans l’est de Montréal. Et des indignés, chers amis, depuis quelques années déjà, j’en rencontre une trâlée. À moins d’être une roche insensible aux vibrations sociétales, ou bien de vivre dans Westmount ou Outremont, la colère gronde, l’indignation monte, elles sont palpables, ici comme ailleurs.

En plus des gens que je rencontre ici et là – et il semble que j’aie une face à confidences -, j’ai également passé une dizaine d’heures au local électoral, à faire des appels et du pointage pour faire sortir le vote dans Hochelag’. Là encore, les gens parlent. Même que j’aurais pu faire mon doctorat là-bas, tellement il y a des observations intéressantes à faire sur la psychologie de l’électorat. Mais fuck le doc, c’est d’abord d’un pays dont j’ai envie. (Et le doc que je voulais vraiment faire aurait été instrumentalisé par un Boys Club... non merci.)

Or hier soir, en écoutant le punch line de peinture bleue déversée sur la carte du Québec de Sébastien Bovet pour la quatrième fois – j’ai cru qu’il allait sortir sa palette Benjamin Moore pour nous donner le numéro exact -, moi, je focusais sur les « taches » oranges dans cette mer bleu-aqua. En arts visuels, la couleur orange est un mélange de rouge et de jaune, de sang et de lumière, de colère et d’espoir... Tiens, ça rappelle Françoise David. J’espère qu’elle aussi rit aujourd’hui dans sa barbe.

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Mobilité vs mobilisation

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Femmes consommables

Elles ne datent pas d’hier, ces maudites pubs à marde. Mais lorsque j’ai aperçu celle-ci, au début de l’été, cette gigantesque publicité de bières au métro McGill, j’ai pensé, comme une vraie hurluberlue habitant toujours la planète Utopie  : «  Pfft ! Ça ne passera jamais ! Dans l’temps de l’dire, ces affiches seront recouvertes de collants "pub sexiste" que les féministes apposent ici et là, au centre-ville de Montréal. Check ben ça… ! » Je suis repassée maintes fois devant depuis, jamais vu un seul collant, sapristi. Neuf femmes consommables, mesdames et messieurs – neuf ! un vrai harem –, bien fraîches évidemment, et de préférence « à prendre » sur le bord d’un lac quelque part pendant vos vacances : la Brise du lac , la Ci-boire , la Matante , la Désirée , la Chipie , la Valkyrie , la Joufflue , la Belle Mer – quelqu’un devrait définitivement aller consulter –, ou encore la Nuit blanche – j’imagine que, comme Brise du lac , elle aussi n’est que de passage… I

Il s’appelle Izzy…

Il est jeune. Il est beau. Et il bouge comme un dieu grec, un danseur naturel, en duo, que dis-je, en symbiose avec sa guitare électrique. Voilà seulement trois semaines qu’il est débarqué à Montréal, et pourtant, voilà maintenant trois fois que les vrombissements de son instrument m’appellent au loin (comme le cri du mâle avisant les femelles dans les parages), retentissant tantôt devant la Place des arts, tantôt au métro Mont-Royal, et aujourd’hui encore, à la Place Émilie-Gamelin. Chaque fois, complètement hypnotisée par ce musicien en mouvement, je reste là à l’écouter, à l’observer de très près, pantoise, voire en pâmoison, la bouche ouverte, vibrant de joie, tapant du pied et cognant de la tête - et non, généralement parlant, « la madame » constamment à boutte de toute ne se pâme pas si facilement que cela. Mais là, elle a même sorti son Kodak, un événement en soi, pour finalement, après trois sons de cloche de la vie, immortaliser ce moment. Car voyez-vous, Izzy, 19 an