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Tout le monde en parle (pas)


Jeudi 8 mars dernier, je suis rentrée complètement avachie de cette soi-disant manifestation des femmes à Montréal. Après avoir distribué mes tracts et achalé une fois de plus Manon Massé avec mes maudits dossiers – Manon! Manon! Manon! – j’ai pris la direction métro Côte-des Neiges, gelée comme un rat, mais surtout découragée par tous ces frêles slogans scandés avec peu d'ardeur et (beaucoup trop à mon goût) en anglais. (Faut dire qu’on avait eu une belle le 24 février dernier – Dehors Barrette!, organisée par les solidaires, durant laquelle la foule était animée et les esprits allumés. Es-tu belle ma pancarte?)

Une fois chez nous, bref, j’ai avalé mon restant de General Tao et me suis précipitée comme une belle dinde sur la liste des invité-es de la populaire émission Tout le monde en parle, à savoir quelles féministes porteraient fièrement le flambeau de la Journée internationale des femmes durant le fameux rendez-vous dominical, question de me redonner espoir et ainsi me réchauffer le cœur, les cuisses et les orteils.

Ma température corporelle a effectivement monté d’un cran lorsque j’ai constaté que le féminisme n’était pas au menu et, comble de l’ironie, qu’une seule femme apparaissait au programme… (voir « Ode à la femme », mon œil, la chronique de Nathalie Petrowski Cherchez la femme (et ne pas la trouver) ainsi que le segment Le féminisme comme outil de marketing diffusé jeudi à l'émission Dans les médias).

« Ah ben simonaque, ai-je pesté toute la soirée comme une belle tarte (j’étais rendue au dessert), mais c’est quoi ce pays de merde qui n’en est pas un ?! »

Avoir été Espagnole, c’est certain, j’aurais fait la grève et ressorti ma casserole, mieux encore, Catalane, et proclamé alors haut et fort notre indépendance. Mais étant Québécoise, on doit forcément attendre le printemps avant qu’il ne se passe quelque chose dans ce pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver, afin que le peuple québécois se réveille, se lève, dégourdisse ses membres, s'indigne, s’échauffe les sangs, voire s’enflamme, et s'extirpe enfin, du moins on l’espère, de sa grande torpeur.

Il y a tant à faire 
Et ce n'est pas ridicule 
C'est comme si c'était facile 
S'immiscer dans la lumière 
Une longue nuit de l'hiver 

Il y a tant à faire... 

Chanson de Daniel Bélanger - (Ré)écoutez sa toune; ça réchauffe l’âme en attendant, qui sait, un éventuel printemps révolutionnaire. La colère ne gronde-t-elle pas chez vous?

Messages les plus consultés de ce blogue

Mobilité vs mobilisation

On aime parler de mobilité depuis quelques années. Ce mot est sur toutes les lèvres. C’est le nouveau terme à la mode. Tout le monde désire être mobile, se mouvoir, se déplacer, dans son espace intime autant que possible, c’est-à-dire seul dans son char, ou encore dans sa bulle hermétique dans les transports collectifs, avec ses écouteurs sur la tête, sa tablette, son livre, son cell, des gadgets, alouette. On veut tous être mobile, être libre, parcourir le monde, voyager, se déplacer comme bon nous semble. On aime tellement l’idée de la mobilité depuis quelque temps, qu’on a même, à Montréal, la mairesse de la mobilité, Valérie Plante. On affectionne également les voitures, les annonces de chars, de gros camions Ford et les autres - vous savez, celles avec des voix masculines bien viriles en background - qui nous promettent de belles escapades hors de la ville, voire la liberté absolue, l’évasion somme toute, loin de nos prisons individuelles. Dans l’une de ces trop nombre

Femmes consommables

Elles ne datent pas d’hier, ces maudites pubs à marde. Mais lorsque j’ai aperçu celle-ci, au début de l’été, cette gigantesque publicité de bières au métro McGill, j’ai pensé, comme une vraie hurluberlue habitant toujours la planète Utopie  : «  Pfft ! Ça ne passera jamais ! Dans l’temps de l’dire, ces affiches seront recouvertes de collants "pub sexiste" que les féministes apposent ici et là, au centre-ville de Montréal. Check ben ça… ! » Je suis repassée maintes fois devant depuis, jamais vu un seul collant, sapristi. Neuf femmes consommables, mesdames et messieurs – neuf ! un vrai harem –, bien fraîches évidemment, et de préférence « à prendre » sur le bord d’un lac quelque part pendant vos vacances : la Brise du lac , la Ci-boire , la Matante , la Désirée , la Chipie , la Valkyrie , la Joufflue , la Belle Mer – quelqu’un devrait définitivement aller consulter –, ou encore la Nuit blanche – j’imagine que, comme Brise du lac , elle aussi n’est que de passage… I

Il s’appelle Izzy…

Il est jeune. Il est beau. Et il bouge comme un dieu grec, un danseur naturel, en duo, que dis-je, en symbiose avec sa guitare électrique. Voilà seulement trois semaines qu’il est débarqué à Montréal, et pourtant, voilà maintenant trois fois que les vrombissements de son instrument m’appellent au loin (comme le cri du mâle avisant les femelles dans les parages), retentissant tantôt devant la Place des arts, tantôt au métro Mont-Royal, et aujourd’hui encore, à la Place Émilie-Gamelin. Chaque fois, complètement hypnotisée par ce musicien en mouvement, je reste là à l’écouter, à l’observer de très près, pantoise, voire en pâmoison, la bouche ouverte, vibrant de joie, tapant du pied et cognant de la tête - et non, généralement parlant, « la madame » constamment à boutte de toute ne se pâme pas si facilement que cela. Mais là, elle a même sorti son Kodak, un événement en soi, pour finalement, après trois sons de cloche de la vie, immortaliser ce moment. Car voyez-vous, Izzy, 19 an