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Leçon guerrière (3)


Ça s’est passé l’année dernière, durant une belle grosse manif fort populaire, celle des travailleuses et des travailleurs. Je distribuais alors mes tracts à qui mieux mieux, tout en essayant de repérer et d’intercepter les grosses têtes d’affiche, des députés, des journalistes et quelques intéressés.

Après lui avoir résumé mon « gros dossier » "de l’époque", le député en question, scandalisé lui avec, m’a demandé d’un coup sec :

« Vous êtes qui, vous ?
- Je suis une guerrière, mon cher monsieur ! », ai-je rétorqué sans hésiter.

Lui et la personne qui l’accompagnait alors ont éclaté de rire, me regardant droit dans les yeux. J’étais pourtant très sérieuse. Je n’essayais même pas d’être drôle – c’est un talent inné, naturel apparemment (kof, kof) –, je lui ai simplement et spontanément révélé le fond de ma pensée.

Car il n’y a rien de plus sérieux, chers amis, qu’une guerrière en colère qui dénonce une injustice sociale, sociopolitique, socio-politico-économique, bref, quelque chose qui ne tient pas la route… surtout si elle provient d’un arrogant et condescendant boys club instrumentalisant les femmes.

Et c’est ce que je souhaite à mon peuple. Non pas le malheur ou une injustice – ce ne serait vraiment pas bon pour mon karma – mais juste de la colère, du mécontentement, de l’inconfort.

Mon peuple est tellement confortable dans sa petite vie bien rangée, individualiste, matérialiste, qu’il s’est assoupi dans son gros « Lazy-boy » mental et matériel, et tolère, sans mot dire, tout ce qui se passe autour de lui… Silencieusement, confortablement.

Or il n’y a rien dans la vie comme l’inconfort et le mécontentement pour faire bouger le monde. Il n’y a rien comme subir un tort, un préjudice, une injustice pour avoir envie de se lever, de se battre, de dénoncer, de réclamer justice. Il n’y a rien comme la colère et la frustration pour désirer ardemment changer les choses comme la situation.

« Pour faire une omelette, il faut casser des œufs », disait Freud. Toute transformation, aussi subtile soit-elle, exige un point de rupture, de cassure, de brisure.

Tout changement réel naît nécessairement d’un méchant inconfort, d’une profonde insatisfaction, d’une puissante inégalité, d'un simple sentiment de mécontentement. Et c’est ce que je souhaite à mon peuple, bien simplement : l’inconfort.

L’animateur américain Bill Maher ne cesse de répéter, à son émission, depuis des mois, qu’il espère une récession dans son pays, d’ici les prochaines élections. Évidemment… Ça se comprend. L’inconfort, l’insatisfaction, la frustration du monde, ça mobilise des électeurs.

Et la mobilisation des forces agressives vitales surgit seulement, chez les organismes vivants, lorsqu’il y a atteinte à ce confort, à son bien-être, sa tranquillité d’esprit, son espace, ses droits, ses libertés, ses acquis.

Voyez-vous ça, à Hong Kong ? C’est ce qu’on appelle de la mobilisation, du vrai pouvoir citoyen… Et le prix, dans leur cas, le risque, est particulièrement élevé, n'est-ce pas ?

Pour mener une guerre, chers amis, pour faire une vraie Révolution avec un grand R, ça prend forcément de la colère, exprimée, extériorisée, bien canalisée... De l’inconfort pour tout le monde, svp.

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Mobilité vs mobilisation

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Elles ne datent pas d’hier, ces maudites pubs à marde. Mais lorsque j’ai aperçu celle-ci, au début de l’été, cette gigantesque publicité de bières au métro McGill, j’ai pensé, comme une vraie hurluberlue habitant toujours la planète Utopie  : «  Pfft ! Ça ne passera jamais ! Dans l’temps de l’dire, ces affiches seront recouvertes de collants "pub sexiste" que les féministes apposent ici et là, au centre-ville de Montréal. Check ben ça… ! » Je suis repassée maintes fois devant depuis, jamais vu un seul collant, sapristi. Neuf femmes consommables, mesdames et messieurs – neuf ! un vrai harem –, bien fraîches évidemment, et de préférence « à prendre » sur le bord d’un lac quelque part pendant vos vacances : la Brise du lac , la Ci-boire , la Matante , la Désirée , la Chipie , la Valkyrie , la Joufflue , la Belle Mer – quelqu’un devrait définitivement aller consulter –, ou encore la Nuit blanche – j’imagine que, comme Brise du lac , elle aussi n’est que de passage… I

Il s’appelle Izzy…

Il est jeune. Il est beau. Et il bouge comme un dieu grec, un danseur naturel, en duo, que dis-je, en symbiose avec sa guitare électrique. Voilà seulement trois semaines qu’il est débarqué à Montréal, et pourtant, voilà maintenant trois fois que les vrombissements de son instrument m’appellent au loin (comme le cri du mâle avisant les femelles dans les parages), retentissant tantôt devant la Place des arts, tantôt au métro Mont-Royal, et aujourd’hui encore, à la Place Émilie-Gamelin. Chaque fois, complètement hypnotisée par ce musicien en mouvement, je reste là à l’écouter, à l’observer de très près, pantoise, voire en pâmoison, la bouche ouverte, vibrant de joie, tapant du pied et cognant de la tête - et non, généralement parlant, « la madame » constamment à boutte de toute ne se pâme pas si facilement que cela. Mais là, elle a même sorti son Kodak, un événement en soi, pour finalement, après trois sons de cloche de la vie, immortaliser ce moment. Car voyez-vous, Izzy, 19 an