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Se rebeller lentement



L’année dernière, j’ai eu « le malheur » de publier un texte intitulé Se radicaliser lentement. Oh boy… Les gens n’ont pas du tout apprécié. Les quelques « abonnés » de ce blogue sont partis en courant… « Bon, ça y est, la bonne femme va prendre les armes pis joindre ISIS ! », ont-ils sûrement pensé. (Les Québécois-es n’aiment pas la chicane, les faiseurs de troubles, les contestataires, les actions directes de protestation, et encore moins lorsque cela vient d’une femme – Une femme qui dérange est forcément dérangée.)

Quoiqu’il en soit, la réalité, elle, demeure la même. Qu’importe le « dossier », pour être entendus, va définitivement falloir se radicaliser un tantinet, chers amis, ne serait-ce qu’un brin tout le moins, se rebeller un peu, beaucoup, passionnément, sérieusement, que cela vous chante ou pas. Car l’heure a maintes fois sonné, et à la vitesse que ça avance, cette affaire-là… Le temps est plus que compté.

Mais les gens ont peur juste du mot : se radicaliser. (Rendre radical, intransigeant; devenir plus extrême.) Imaginez après…

Pourtant, il faut non seulement prendre la crise environnementale plus au sérieux mais aussi les grands moyens, des mesures plus efficaces, plus extrêmes, plus draconiennes. Et je ne suis évidemment pas la seule à le dire. Des environnementalistes et des militants qui crient au scandale, des scientifiques qui s’énervent et qui sonnent l’alarme, c’est plein depuis des décennies.

Mais là encore, on n’aime pas les alarmistes, les rebelles, les contestataires, les radicaux.

Or savez-vous qui parle également de se radicaliser, lentement ou pas ? Le philosophe Alain Deneault dans son livre Politiques de l’extrême centre (Lux, 2016). Je ne voudrais surtout pas vous vendre le punch, mais l’essai se termine sur ces mots : « Radicalisez-vous ! »

Mais là, par écrit, en théorie, et venant de surcroît d’un homme, d’un grand penseur de notre époque, là, on trouve ça beau. On trouve même ça poétique, philosophique, inspirant, enlevant.

Or la radicalisation, elle, la rébellion, passe par l’action. Et l’action, c’est concret, ancré dans la réalité, ça s'inscrit dans le spatio-temporel, c’est pragmatique, presque mathématique. Tu poses un geste, tu marches, tu participes à une manif – voyez-vous ça, à Hong Kong puis à Moscou ? – tu composes une chanson, tu tricotes un foulard, tu fais de la broderie, t’écris un texte, tu distribues des tracts, tu te rends dans un endroit public avec une pancarte dans les mains, ce genre de choses… Ça prend un plan de match, des militants, des activistes, c’est-à-dire des gens qui s’activent, qui passent à l’action.

Vous avez besoin d’une formation en radicalisation avant de passer à l’action, d’un petit atelier pour apprendre à vous rebeller ? - Changements climatiques: « Il va falloir radicaliser nos actions » (La Presse, 12 mars 2019)

Eh bien allez-y, bordel ! Si c’est tout ce que ça prend à cette population qui dort au gaz pour les dégêner, les déniaiser, les secouer, les faire sortir de leurs gonds, allez-y, suivre une formation !

Sinon, juste se réveiller, s’enlever la tête du sable (bitumineux), ouvrir les yeux, prendre une grande respiration, sentir l’urgence, ressentir un peu de colère, une profonde indignation, tout ça mis ensemble devrait largement suffire à activer le corps et l’esprit de nos compatriotes, et tous nous voir prendre la rue.

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Photo : Affiche « Si on ne fait rien les caribous vont disparaître et nous aussi » de Rébellion contre l'extinction, aperçue ici et là au centre-ville de Montréal.

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Mobilité vs mobilisation

On aime parler de mobilité depuis quelques années. Ce mot est sur toutes les lèvres. C’est le nouveau terme à la mode. Tout le monde désire être mobile, se mouvoir, se déplacer, dans son espace intime autant que possible, c’est-à-dire seul dans son char, ou encore dans sa bulle hermétique dans les transports collectifs, avec ses écouteurs sur la tête, sa tablette, son livre, son cell, des gadgets, alouette. On veut tous être mobile, être libre, parcourir le monde, voyager, se déplacer comme bon nous semble. On aime tellement l’idée de la mobilité depuis quelque temps, qu’on a même, à Montréal, la mairesse de la mobilité, Valérie Plante. On affectionne également les voitures, les annonces de chars, de gros camions Ford et les autres - vous savez, celles avec des voix masculines bien viriles en background - qui nous promettent de belles escapades hors de la ville, voire la liberté absolue, l’évasion somme toute, loin de nos prisons individuelles. Dans l’une de ces trop nombre

Femmes consommables

Elles ne datent pas d’hier, ces maudites pubs à marde. Mais lorsque j’ai aperçu celle-ci, au début de l’été, cette gigantesque publicité de bières au métro McGill, j’ai pensé, comme une vraie hurluberlue habitant toujours la planète Utopie  : «  Pfft ! Ça ne passera jamais ! Dans l’temps de l’dire, ces affiches seront recouvertes de collants "pub sexiste" que les féministes apposent ici et là, au centre-ville de Montréal. Check ben ça… ! » Je suis repassée maintes fois devant depuis, jamais vu un seul collant, sapristi. Neuf femmes consommables, mesdames et messieurs – neuf ! un vrai harem –, bien fraîches évidemment, et de préférence « à prendre » sur le bord d’un lac quelque part pendant vos vacances : la Brise du lac , la Ci-boire , la Matante , la Désirée , la Chipie , la Valkyrie , la Joufflue , la Belle Mer – quelqu’un devrait définitivement aller consulter –, ou encore la Nuit blanche – j’imagine que, comme Brise du lac , elle aussi n’est que de passage… I

Il s’appelle Izzy…

Il est jeune. Il est beau. Et il bouge comme un dieu grec, un danseur naturel, en duo, que dis-je, en symbiose avec sa guitare électrique. Voilà seulement trois semaines qu’il est débarqué à Montréal, et pourtant, voilà maintenant trois fois que les vrombissements de son instrument m’appellent au loin (comme le cri du mâle avisant les femelles dans les parages), retentissant tantôt devant la Place des arts, tantôt au métro Mont-Royal, et aujourd’hui encore, à la Place Émilie-Gamelin. Chaque fois, complètement hypnotisée par ce musicien en mouvement, je reste là à l’écouter, à l’observer de très près, pantoise, voire en pâmoison, la bouche ouverte, vibrant de joie, tapant du pied et cognant de la tête - et non, généralement parlant, « la madame » constamment à boutte de toute ne se pâme pas si facilement que cela. Mais là, elle a même sorti son Kodak, un événement en soi, pour finalement, après trois sons de cloche de la vie, immortaliser ce moment. Car voyez-vous, Izzy, 19 an