Passer au contenu principal

Bonsoir, et bonne chance


J’ai travaillé assez longtemps dans un pays communiste pour voir de très près les tenants et aboutissants d’un régime abusif. J’en ai vu des vertes-kaki et des pas mûres; l’absence totale de liberté de presse, le contrôle de l’information, la désinformation, la surveillance continue des citoyens et des étrangers (même si j’étais loin de mener une vie à la Mata Hari, la « danseuse-espionne » qui n’était ni vraiment danseuse ni vraiment espionne), et évidemment, la propagande sous toutes ses formes, s’immisçant jusque dans les livres des enfants du primaire.

Et récemment, j’ai revu le film Good night, and Good Luck, le docudrame réalisé par George Clooney, écrit par lui-même et Grant Heslov, sorti en 2005. Je suis restée pantoise en écoutant les paroles du journaliste Edward R. Murrow (1908-1965): « We are currently wealthy, fat, comfortable, and complacent. We have a built-in allergy to unpleasant or disturbing information - our mass media reflect this. But unless we get up off our fat surpluses, and recognize that television, in the main, is being used to distract, delude, amuse, and insulate us, then television and those who finance it, those who look at it, and those who work at it, may see a totally different picture, too late. » (texte en français*)

Le discours de Murrow, « Wires & Lights in a Box », fut prononcé à la convention du Radio and Television News Directors Association (RTNDA) le 15 octobre 1958. Or ses mots ne sont-ils pas toujours d’actualité, 60 ans plus tard?

Le vedettariat, ce fléau
Au Québec, force est de constater que le hockey et les sports en général ont remplacé la religion, et les vedettes, le noyau familial. À quelques exceptions près, la télévision publique nous sert inlassablement des vedettes arrosées à toutes les sauces; des vedettes qui dansent, des vedettes qui chantent, des vedettes qui font des recettes, leurs confidences, leurs souvenirs d’enfance, leurs premières fois, et j’en passe (voir Deux hommes en or, deux femmes invisibles).

« Plus de gens en mangent parce qu’elles sont plus fraîches et elles sont plus fraîches parce que plus de gens en mangent », affirmait la fameuse publicité à une certaine époque. Mais est-ce que tout le monde a vraiment envie de s’empiffrer sans cesse de maudites saucisses Hygrade?

« T’as qu’à regarder autre chose ailleurs », vous me direz? On voudrait bien, mais nous, les pauvres, toutes ces belles personnes survivant sous le seuil de la pauvreté grâce à l’aide alimentaire du coin oui, n’avons ni câble, ni tablette, ni abonnement à quoi que ce soit (Fuck Netflix d'ailleurs), comptant notamment sur l’information publique (voir Scientia potentia est).

Et voilà qu’on apprenait dans le sondage de la très intéressante émission Dans les médias du 22 mars dernier – hormis les commentaires de l’invité de la semaine Éric Duhaime, égal à lui-même (il aime les bullys apparemment) -, que les gens en ont réellement marre des maudites vedettes. « Bon enfin, simonaque! »

Il serait grand temps que Radio-Canada, et autres médias d’information, fassent un petit effort et nous servent autre chose que du divertissement, de la variété et d’interminables concepts « vedettes ». On veut de l’analyse, de la réflexion, de la profondeur (ou bien RDI en diffusion continue sur Internet - le tiers des Canadiens regardent maintenant la télévision sur Internet), d’autant plus que les élections au Québec arrivent dans six mois. L'accès à l'information de qualité n'est-elle pas nécessaire à cet exercice démocratique?

Et à tous ceux et celles qui croient que le peuple québécois n'en consommera pas, eh bien, à nouveau, les mots du journaliste américain Edward R. Murrow : « To those who say people wouldn't look, they wouldn't be interested, they're too complacent, indifferent and insulated, I can only reply - there is, in one reporter's opinion, considerable evidence against that contention. But even if they are right, what have they got to lose? Because if they are right, and this instrument is good for nothing but to entertain, amuse and insulate, then the tube is flickering now and we will soon see that the whole struggle is lost. This instrument can teach, it can illuminate - and yes, it can even inspire. But it can do so only to the extent that humans are determined to use it towards those ends. Otherwise, it is merely wires and lights in a box. Good night, and good luck.* »

Bonsoir, et bonne chance.

-----
* Pour une traduction approximative du texte en français (il y a quelques erreurs, à commencer par la date), consultez ce site.

Messages les plus consultés de ce blogue

Le sot dimanche

Oui j’ai remarqué le changement. Je l’ai tout de suite vu pendant l’annonce promo en regardant les nouvelles avec Céline Galipeau (Céline! Céline! Céline!). Sur-le-champ, j’ai pensé : « N’importe quoi », accompagné d’un sacre ou deux. En gros, simonaque que ça ne vole pas haut. C’est décourageant et d’un ridicule, d’une absurdité qui fait mal à mon féminisme, mon humanisme et mon progressisme (le vrai là).

En septembre dernier, mon coup de gueule Deux hommes en or, deux femmes invisibles portait sur la faible présence des femmes dans le créneau « les vraies questions ». Du même coup, sans la nommer, j’avais écorché l’émission Le beau dimanche « dans laquelle monsieur trône derrière son beau bureau à l'American talk-show, tandis que madame, elle, est assise à l'écart, quelque part sur le sofa, symbole des femmes et des minorités visibles en retrait de la discussion, des vrais enjeux... aïe, aïe, aïe, mais c'est quoi ce bordel? »

Et voilà que dimanche dernier, lors de la pr…

Avez-vous dit l'hypocrisie des Grands Ballets ?

Hypocrisie des Grands Ballets ? Quoi ?! ... Eh oui, le vrai mot est enfin sorti du sac. Il émerge glorieusement de cette ombre lourde et oppressante qui n'a d'égal que le rayonnement de la prestigieuse institution québécoise internationale, les Grands Ballets canadiens de Montréal. Un poids tellement grand affligeant une communauté de danse et de chercheurs que plusieurs préfèrent se taire ou témoigner sous le couvert de l'anonymat, démontrant par là même la toute-puissance que s'est accordée une compagnie de ballet classique qui abuse de sa notoriété, de sa réputation, de cette image féerique aveuglant lamentablement le public, construite à coups de fabuleuses campagnes de propagande (leur "ode à la femme", mon œil en est un autre bel exemple), de beaux discours creux et arrivistes, tout ça pour doubler les opportunités de financement (arts et santé ensemble, c'est payant) et ainsi Faire bouger le monde. N'importe comment.Business as usual, quoi, enc…

Lean in ?

Lean in ?
Oui mais faites attention aux décolletés par exemple mesdames.

Lean in ? 
Oui je veux bien, mais as-tu vu le gros bureau entre les deux qui sépare la femme de l’homme ? Elle doit avoir l'air de sa secrétaire pour élever monsieur et son gros ego.

Lean in ?
On voudrait bien mais il y a un incorrigible Boys Club qui se tient dans la porte, fiers comme des paons, la queue brillant de ses belles couleurs flamboyantes, faisant tantôt la roue en se citant lui-même, courant tantôt dans tous les sens comme des poules pas de tête, lamentablement arrogants, condescendants et toujours sur la défensive quand vient le temps de parler aux femmes.

Lean in ? 
Euh… oui, mais surveillez les mains longues, le harcèlement et ces phallus qui sortent spontanément des pantalons apparemment. (Qui souffrent réellement de "l’envie du pénis" vous croyez ? Ça ressemble plutôt à « l’envie d'exhiber mon pénis à tout prix » alors que personne n’a rien demandé, messieurs.)

Lean in ? 
Oui, mais…