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Qui sauvera nos journaux ?


Il n’y a pas à dire, le Québec traverse ces temps-ci plusieurs crises : la crise du logement, la crise de l’itinérance, la crise des opioïdes, la crise climatique, la crise inflationniste, etc. – nommez-les, les crises qui secouent présentement le Québec. (Ne manque à cela qu’une bonne vieille crise sociopolitique identitaire ou nationaliste qui réanimerait les ardeurs indépendantistes, mais je m’éloigne.) 

Parmi toutes ces crises, il y a également celle des médias. Il ne faudrait surtout pas l’oublier, celle-là. À l’instar de la crise du logement, que le gouvernement caquiste a niée pendant des années, la crise des médias ne date pas d’hier non plus. On l’a vu venir, elle aussi, il y a de cela plusieurs années. Et la situation ne cesse de se dégrader. 

Afin de contourner le projet de Loi sur les nouvelles en ligne, Meta (Facebook et Instagram) a décidé de bloquer le contenu des médias canadiens de leurs diverses plateformes. Et bientôt ce sera au tour de Google. Au Québec,  pendant ce temps, qu’est-ce qu’on propose de faire pour venir en aide à nos médias ? Silence radio. Mais qui, bon sang, sauvera nos médias, nos journaux, notre accès à l’information ? 

Selon un récent sondage mené par la firme Léger, pourtant, « deux Canadiens sur trois pensent que l’information devrait être gratuite et accessible à tous, et que "les médias en difficulté ont d’autres moyens de gagner de l’argent" ». Ah oui ? Lesquels ? Vous avez des solutions à présenter, vous autres ? Faudrait alors les partager. Comme le lançait dernièrement le premier ministre Legault aux partis de l’opposition, à l’Assemblée nationale, concernant la crise du logement : « On est ouvert aux suggestions » – ce qui, dans son cas à lui, n’est jamais bon signe, mais passons. 

Selon ce même sondage Léger, « [c]e sentiment était le plus élevé chez les 18 à 34 ans, un groupe qui s’informe presque uniquement sur les réseaux sociaux. » Or, n’est-ce pas là le problème, justement ? Les réseaux sociaux qui volent du contenu aux organes de presse, refusant de surcroît de payer leur juste part des revenus publicitaires ? La vérité est que s’informer exige un minimum d’effort des concitoyens, comme celui « d’aller aux nouvelles », aux sources d’informations, plutôt qu’elles ne viennent directement à nous, dans le confort de notre bulle cellulaire, selon des algorithmes qui nous maintiennent en circuit fermé comme en vase clos. 

Car pendant ce temps, le massacre médiatique, lui, se poursuit. Depuis plus d’une décennie, des journaux locaux et régionaux tombent comme des mouches. Encore récemment, ce fut au tour d’un autre groupe de médias québécois. Après avoir suspendu leurs activités en août dernier, Métro Média a finalement annoncé sa faillite, privant ainsi d’innombrables concitoyens du quotidien Métro et 16 hebdomadaires locaux. Et ils ne sont pas seuls. 

Selon Médias d’Info Canada, en effet, « les revenus publicitaires des journaux communautaires du pays ont chuté à 411 millions $ en 2020, contre 1,21 milliard $ en 2011. Au cours de cette période, près de 300 journaux ont disparu ou ont fusionné avec d’autres publications. » Autant dire une hécatombe dans le paysage médiatique. Un pur désastre (pas du tout naturel) provoqué par les forces obscures et envahissantes de richissimes géants numériques crasses comme Google et Facebook qui, à l’instar d’un gigantesque trou noir dans l’univers médiatique, aspirent à eux seuls « 79 % des revenus publicitaires en ligne estimés à 12,3 milliards $ en 2021, et plus de la moitié des dépenses publicitaires totales dans tous les médias. » C’est beaucoup de lumineux dollars qui s’envolent vers l’étranger au lieu d’atterrir dans la poche de nos médias. 

Et face à cette grande noirceur médiatique qui mine définitivement notre accès à l’information et, ultimement, notre démocratie, que pouvons-nous faire, nous, simples citoyens, sinon s’inquiéter et s’alarmer devant cet immobilisme sociopolitique ambiant et s’abonner à un journal ? Savoir, c’est pouvoir. Ça non plus, il ne faudrait pas l’oublier.

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