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Sale Montréal

C’est le mois de février. Un autre hiver interminable. C’est plate et la ville est sale. Et si, en plus, par malheur, obligation financière ou bonne conscience environnementale, vous utilisez sur une base régulière les transports en commun de la Société de transport de Montréal (STM), vous broyez sans doute du noir ces temps-ci. 

Que ce soit dans les stations de métro, les autobus ou aux alentours des abribus, l’état des lieux comme l’étendue de la décrépitude sont visibles à l’œil nu. C’est décourageant et désolant sans bon sens. Non seulement Montréal est sale et peu invitante, mais apparait peu sécuritaire par endroits. 

Faute de ressources suffisantes pour les accueillir, bon nombre de sans-abris et de personnes aux prises avec de sérieux problèmes de consommation et/ou de santé mentale ont envahi des lieux communs, des espaces publics et des stations de métro. Il faut bien se réchauffer quelque part et peut-être même dormir un brin. Les effluves du désespoir et d’urine sont inclus dans votre abonnement mensuel ou annuel, chère clientèle. Seul le tarif peut varier quelque peu… 

Or, plusieurs usagers de la STM ont clairement réglé ce problème et ne payent même plus de droit de passage. Ils sont nombreux à sauter les barrières ou les tourniquets sans aucun stress. Aucun. Il n’y a pas suffisamment de « constables » pour les interpeller, nous dit-on, alors qu’on voudrait les voir distribuer des contraventions. 

Quant aux chauffeurs d’autobus, plus souvent qu’autrement ils n’ont d’autres choix que de les laisser passer. Que peuvent-ils faire de toute manière ? Se battre avec chacun d’entre eux, chaque fois que cela se produit ? Impossible. Ils sont beaucoup trop nombreux. Et les chauffeurs ont par ailleurs un horaire serré à respecter, en plus de courir de graves risques pour leur propre sécurité. Pour un billet à 3,50$ ? Vraiment ? Ça ne vaut pas la peine. (Lire Des chauffeurs dénoncent les usagers qui ne paient pas, La Presse, 8 fév. 2023)

D’autres usagers, qui plus est, ne se gênent même plus pour vapoter allègrement dans le métro, que ce soit à l’extérieur comme à l’intérieur des wagons, ou encore dans les autobus. Allons-y pour une petite pof en route vers le boulot… Métro, pof, boulot, dodo. C’est nouveau. Vous devriez l’essayer. De toute façon, là encore, personne ne viendra vous arrêter ou vous interpeller. Au diable les règles, le respect des autres usagers, de même que le monde entier. Fuck toute. 

D’autres, eux, fument carrément une cigarette ou un joint, assis nonchalamment sur un banc sale ou délabré à l’intérieur d’une station de métro. Et non, ce n’est pas juste à la station Berri-UQAM ou Papineau que ça se passe. C’est pas mal partout à Montréal… Bon d’accord, j’en ai vu aucun, à date, à la station Outremont. Je vous l’accorde. 

« Aux prises avec un trou budgétaire de 78 millions », la STM bat manifestement de l’aile. Les services se détériorent sous nos yeux, quoi qu’en disent les administrateurs, alors que les tarifs, eux, n’ont cessé d’augmenter au cours des dernières années pour les simples usagers réguliers qui payent la facture pour tout ce beau monde. 

Alors que plusieurs citoyens ont acheté des voitures en masse pendant la pandémie (bravo, gang de champions), nous autres, pendant ce temps, comme une belle bande d’abrutis et de niochons, continuons à payer nos frais d’abonnement pour la carte OPUS, à soutenir le transport collectif et à attendre, de plus en plus longtemps, et les bus et cette fameuse transition énergétique qui urge. Bienvenue à bord, chères cruches. Mais quelle foutaise tout de même. 

Il n’y a pas juste l’hiver qui est long, dans cette sale Montréal. 

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Photo : Sylvie Marchand, « Filtres colorés ». Installation Luminothérapie, Esplanade de la Place des arts, Montréal, fév. 2023.

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