Passer au contenu principal

« Hi(s)tory » et la mienne


Mon frère jumeau et moi étions comme chien pis chat. Au point tel qu'il avait été décrété, et ce, dès la maternelle, qu'il valait mieux être séparés, pour notre bien et celui de tous. Nous avons donc été éduqués chacun de notre côté, et très différemment qui plus est.

L'endoctrinement machiste et patriarcal
Une fois au niveau secondaire effectivement, le contenu de certains de nos cours avait drastiquement changé, notamment, en économie. Lui avait la
« mondiale », moi, la « familiale ». Cours de cuisine, de couture, de tricot, id est (cours de latin aussi, c’est vrai) « comment prendre soin d’une famille sans se ruiner », pour les nulles, bien avant son temps. J’avais à peine 12 ou 13 ans quand tout ce baratin a commencé, et je ne voulais pas d’enfant - un dossier réglé à l’âge de cinq ans -, j’avais donc la motivation dans les talons, en plus d’avoir déjà été initiée à ces disciplines « féminines » à la maison.

Servant essentiellement à la domestication de la femme (et ça se passait dans les années 80 tout ça, pas sous Duplessis quand même), ces cours précédaient de quelques années ceux en « choix de carrière ». Après nous avoir enseigné comment tenir maison, nourrir une maisonnée au grand complet et rapiécer les pantalons (on imagine à qui dans l'histoire - le pouvoir du non-dit), on apprenait ensuite qu’on pouvait aussi faire carrière, joindre les forces de l’ordre, armées, ou simplement professionnelles.

« Vous pouvez tout faire, les filles, dans la vie! Contrairement aux générations précédentes, bande de chanceuses, vous pouvez à la fois avoir une famille, une carrière et vous émanciper sexuellement comme Madonna. » Ataboy.

Or « tout faire », dans mon esprit de « pussy riot en développement », voulait dire « se taper la job tout' seule ». « Quoi! Mais ça ne va pas la tête! C'pas juste! Euh, s’cusez-moi madame la professeure… mais nulle part est-il inscrit, dans la liste des professions du très fiable test "profil-choix-de-carrière-conventionnel-investigateur-artistique-etc.", le titre de superwoman? »
 
Car mon frère jumeau, lui, pendant ce temps-là, au Séminaire juste à côté de mon collège de fifilles - et ce, au grand bonheur de plusieurs -, apprenait la chimie, les maths et l’économie. La grosse, la mondiale, pas la familiale. On leur enseignait à exceller dans les sports, à utiliser des outils, à opérer des engins, des machins, des mini-ordinateurs, et même à gérer une micro-entreprise, pas le budget familial. Autrement dit, au Séminaire à trois coins de rue, on préparait déjà les boys pour leur avenir, c’est-à-dire à faire de l’argent dans leur très lucratif marché de l'emploi.

Pas de cours de popote, de macramé ou de tricot pour le jumeau. Les garçons, eux, n’avaient pas besoin d’être aguerris, encore moins assujettis, aux tâches domestiques. Fifille, elle, s’en occuperait du linge, du ménage, « pis toutes ces affaires de filles, là, là », c’est sûr et certain*.

Deux jumeaux non identiques, dits dizygotes, deux mesures antagonistes, dites dichotomiques, et j’ajouterais carrément sexistes.

Deux poids, deux mesures? Et comment. Je vis ça, moi, live, in vivo, sous mes yeux, depuis ma naissance. Non seulement il a toujours été plus grand que moi (l’enfoiré), mais il a toujours eu plus de poids et d'argent.

On ne naît pas femme, on le devient. Mets-en, Simone.
_______
* Encore aujourd'hui, les femmes passent plus de temps aux tâches domestiques non-rémunérées. Consultez l'étude de l'IRIS Tâches domestiques: encore loin d'un partage équitable.

Messages les plus consultés de ce blogue

Le Prince et l’Ogre, le mauvais procès

Poursuivi en justice pour des agressions sexuelles et des viols qu’il aurait commis à l’endroit de plusieurs femmes, un homme connu du grand public subit un procès. Dans le cadre de ces procédures, des témoins défilent à la barre. Parmi ceux-ci, des amis de longue date, des proches, des collègues et d’anciens collaborateurs venus témoigner en faveur de l’accusé. Tous soulignent sa belle personnalité, le grand homme qu’il a toujours été. Ils le connaissent bien ; cet homme n’est pas un agresseur. Au contraire, il a toujours joui d’une excellente réputation.  C’est un homme « charmant, courtois, poli et respectable » tant envers les hommes que les femmes, répéteront-ils. Il est « un peu flirt », certes, « comme bien d’autres ». Mais personne n’a souvenir qu’on ait parlé en mal de lui. Jamais. Parfois, il est vrai, il a pu se montrer insistant envers quelques femmes, affirmera lors d’une entrevue un excellent ami depuis le Vieux Continent. Mais on pa...

La religion capitaliste

« Au nom du père, du fils et du capitalisme ». Voilà une des affiches que j’ai aperçues maintes fois durant tout le printemps froid et maussade. Elle était tantôt placardée dans les ruelles du Quartier Latin, tantôt quelque part sur le Plateau Mont-Royal à Montréal.  Le char en feu sur l’affiche se voulait également un joli clin d’œil à toutes ces voitures électriques de marque Tesla vandalisées ou brulées durant le printemps dernier. Un peu partout en Occident, des manifestants et des casseurs tentaient par là même de dénoncer les dérives autoritaristes de l’homme le plus riche au monde, Elon Musk. (Y a-t-il un véhicule plus laid que le Cybertruck de Tesla, d’ailleurs ? Mais qu’importe.) Elon Musk a depuis quitté la Maison-Blanche, en rupture avec son ami, le président orange. À suivre. Ils vont peut-être reprendre…  « Au nom du père, du fils et du capitalisme »  La Sainte Trinité de l’économie. Oui, Monsieur. Au masculin qui plus est. À l’instar des ...

Pour en finir avec Cendrillon

Il existe de nombreuses versions de « Cendrillon, ou, la Petite Pantoufle de verre », comme Aschenputtel,  ou encore « Chatte des cendres »... passons. Mais celle connue en Amérique, voire dans tous les pays américanisés, et donc édulcorée à la Walt Disney, est inspirée du conte de Charles Perrault (1628-1703), tradition orale jetée sur papier à la fin du 17 e  siècle. D'ores et déjà, ça commence mal. En 2015, les studios Walt Disney ont d'ailleurs repris leur grand succès du film d'animation de 1950 en présentant  Cinderella  en chair et en os, film fantastique (voire romantico-fantasmagorique) réalisé par Kenneth Branagh avec l'excellente Cate Blanchett dans le rôle de la marâtre, Madame Trémaine ( "très" main , en anglais), généralement vêtue d'un vert incisif l'enveloppant d'une cruelle jalousie, Lily James, interprétant Ella (Elle) dit Cendrillon (car Ella dort dans les cendres, d'où le mesquin surnom), Richard Madden, appelé Kit (l...

Faire du pouce à Montréal

Je n’en pouvais plus d’être dans Hochelag’. Deux jours de grève de la STM et je capotais. Prise en otage dans un immeuble miteux, en plus d’un concierge méchant, bruyant et exécrable pendant deux jours consécutifs, je me sentais déjà comme durant le Grand Confinement de 2020. Faut dire que j’ai depuis plusieurs années ma petite routine au centre-ville. À tous les jours, je prends le métro. Et même que je me déplace plusieurs fois par jour. Je suis toujours en mouvement, en déplacement, demeurant rarement plus de deux heures au même endroit. C’est comme ça, il faut que je bouge. Alors déterminée à marcher plus d’une heure pour me rendre au centre-ville de Montréal, à mon café habituel, à la Grande Bibliothèque chercher un livre et le reste, j’ai pensé : « Va faire du pouce sur Hochelaga ! C’est sûr que quelqu’un va arrêter. Tout le monde sait qu’il y a une grève des transports ! » Et, comme de fait, c’est arrivé.  Après environ quatre minutes et demie de pouce sur la...

"Ode à la femme", mon œil

La programmation 2018-2019 des Grands Ballets canadiens de Montréal a été dévoilée la semaine dernière. Selon le nouveau directeur artistique, Ivan Cavallari, la prochaine saison sera une « ode à la femme ». Yeah right . L’art (peu subtil) d’instrumentaliser le mouvement des femmes  Voilà une autre preuve que la compagnie Les Grands Ballets canadiens de Montréal est bel et bien menée par un Boys Club (voir Faire bouger le monde. N’importe comment. ). Une femme au sein de l’équipe de la direction, avec du poids s’entend, aurait dit : « Un instant les mecs, vous êtes complètement dans le champ, et du mauvais côté de l’histoire qui plus est ». Partir «  à la découverte de la femme  » serait le fil conducteur de la prochaine saison des Grands Ballets. À la découverte de la femme ? What the fuck ... Et ça c’est rien. Faut maintenant s’intéresser à la programmation dans ses détails, toujours pertinents - le diable s'y trouve tout le temps. En...