Faut savoir arrêter le temps ? … Faut aussi avoir beaucoup d’argent ! et peu de conscience sociale ou environnementale. «C'est une chance inouïe de vivre ça», nous dit-elle. Tu parles, ma belle ! C’est comme aller voir un match du CH en série ou de la FIFA. Des milliers de dollars par billet. Tout le monde n’a pas accès. Du pain et des jeux pour les riches seulement.
Mais pourquoi vous racontez ça et répandez ainsi vos privilèges de parvenues sur la place publique au fait ? Pour emmerder le bon peuple qui n’a pas les moyens, c’est ça ? Mais vous rigolez, les filles ? Moi je dis : Taisez-vous sur vos privilèges, bordel. Gardez vos luxueux et nombrilistes excès pour vous. Fermez-la sur le fait que vous polluez excessivement pour aller vous amuser quelques heures à Lisbonne. Car on s’entend bien que ce voyage est un luxe et, un jour, cette histoire de madames privilégiées risque de vous revenir en plein visage. Celui des excès et de l’hypocrisie.
L’infatigable « dépassement de soi »
En plus de ces « statuts » de privilégiés et de ces « stories » à la con de voyages superflus, il faudrait aussi, dans cette société ultra individualiste et sauvagement capitaliste, « repousser sans cesse ses limites ». L’interminable pression de performance, la productivité à tout prix, ce perpétuel et infatigable dépassement de soi. Pu capable.
Pourquoi faire un simple marathon, quand tu peux te taper un ultra marathon, voyons ?
Quoi ? Vous n’avez pas encore escaladé le mont Everest ? Mais qu’est-ce que vous faites, bande de BS ? Regardez cette femme malade, atteinte d’un cancer du sein de surcroît, elle l’a fait, elle ! « Le 23 mai [dernier] à 3 h du matin, la Québécoise Shaunna Burke a grimpé jusqu’au sommet du mont Everest, devenant ainsi la première femme au monde atteinte d’un cancer de stade 4 à réussir l’exploit. »
Vraiment ? « la première femme au monde atteinte d’un cancer de stade 4 à réussir l’exploit. » Bientôt on nous annoncera qu’un individu est devenu « le premier homme en phase terminale à atteindre le sommet de l’Everest ». N’importe quoi. Même malade, faudrait « dépasser ses limites ». Mais quelle stupidité !
Et qui a dit que c’était une bonne idée de célébrer ce genre d’accomplissement et d’en faire une nouvelle, un exploit ? Quel message envoie-t-on aux personnes malades, alitées, en phase terminale ou encore aux enfants atteints d’une maladie chronique ? Même malade, même affaibli, même atteint d’une grave maladie, tu devrais repousser tes limites au lieu de te reposer, de te soigner, de prendre soin de toi et de recouvrer la santé ?
Mais dans quel genre de société vit-on ? Celle de l’ultra performance, du rendement à tout prix, du ridicule « dépassement de soi ». N’importe quoi. « L’Everest pour les filles » ? Non merci. Ce n’est pas sur ma liste de choses à faire dans cette vie.
Vous n’êtes pas fatigués de cette ultra performance ? Comme cet homme qui a fait « huit marathons en huit jours sans prendre congé du travail » Ayoille. Mais il est malade, voilà. Non, je ne trouve pas ça super ni fantastique. Même qu’il me fait pitié, vous voyez. Je le trouve ridicule, cet homme, en vérité. C’est trop, mon homme ! Tu en fais trop. Pourquoi tu fais tout ça ? Pour qui et pour quelles raisons au juste ? Qui tentes-tu d’impressionner ainsi ?
La typique réponse « moi-même », « je veux me surpasser moi-même », « je suis en compétition avec moi-même », je n’y crois pas. Non. Tu fais ça pour que ton papa soit enfin fier de toi, c’est ça ? Il te reste des traumatismes infantiles et des blessures narcissiques à régler ? Tu n’as jamais senti que juste être toi-même était « suffisant » pour tes parents ? Eh bien tu entreprends une longue thérapie, tu vois, à raison d’une ou de deux séances par semaine, et ce, pendant des années. Pas huit marathons ou grimper l’Everest, bon sang.
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Photo : Sylvie Marchand. Un jeune homme passe devant la luxueuse bijouterie Maison Birks, rue Sainte-Catherine à Montréal, mai 2026.
