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Pour en finir avec Cendrillon


Il existe de nombreuses versions de « Cendrillon, ou, la Petite Pantoufle de verre », comme Aschenputtel, ou encore « Chatte des cendres »... passons. Mais celle connue en Amérique, voire dans tous les pays américanisés, et donc édulcorée à la Walt Disney, est inspirée du conte de Charles Perrault (1628-1703), tradition orale jetée sur papier à la fin du 17ième siècle. D'ores et déjà, ça commence mal.

En 2015, les studios Walt Disney ont d'ailleurs repris leur grand succès du film d'animation de 1950, en présentant Cinderella en chair et en os, film fantastique (voire romantico-fantasmagorique) réalisé par Kenneth Branagh, avec l'excellente Cate Blanchett dans le rôle de la marâtre, Madame Trémaine ("très" main, en anglais), généralement vêtue d'un vert incisif l'enveloppant d'une cruelle jalousie, Lily James, interprétant Ella (elle) dit Cendrillon (car Ella dort dans les cendres, d'où le mesquin surnom), Richard Madden, appelé Kit (le « paquet »), le prince charmant évidemment, l’adorable Sophie McShera jouant Javotte Trémaine, et Holiday Grainger, Anastasie Trémaine, les deux détestables « demi-soeurs » de Cendrillon - qui n'ont en réalité aucun lien consanguin, étant issues du premier mariage de la « mauvaise mère », mais qu'importe.

Or ce qui saute aux yeux dans ce film réalisé dans un contexte post-crise économique mondiale - outre les usuelles observations psychanalytiques - est sans contredit la division économique qui existe entre les femmes et les hommes. Tous les personnages féminins - Cendrillon, la marâtre et ses deux méchantes filles disgracieuses (avec leurs ridicules accoutrements), voient leur niveau de vie complètement basculer suite à la mort du père de Cendrillon (récession économique patriarcale), d'où la subite transformation de Ella en Cinderella - qui dort désormais dans l'âtre, symbole de la « bonne mère » décédée subitement au tout début de la trame narrative. La gentille orpheline-héroïne est complètement démunie, prisonnière du foyer paternel, et même lorsqu'elle quitte la maison à dos de cheval en beau fusil, elle ne s'enfuit pas. Elle va dans les bois, rencontre le beau prince et retourne gentiment à la maison. (« Run Cinderella, run! What the... »)

La seule femme ayant du pouvoir dans l'histoire est la fée-marraine - grâce à sa baguette (phallique) magique - qui relève, cela va sans dire, de la féerie, du fantasme, du voeu pieu, bref, de l'irréel. Autrement dit, il faut rêver les filles, et surtout, attendre patiemment, gentiment et passivement le prince charmant.

Dans le château royal en revanche, là où vivent et travaillent seulement des hommes (le pouvoir machiste, grâce à une profitable relance économique néolibérale patriarcale), des Blancs comme des Noirs (l'acteur britannique Nonso Anozie interprète le rôle du capitaine royal - il y a toujours du progrès du côté des hommes), aucun souci financier ou socio-économique à l'horizon. Au contraire, tout roule comme sur des pneus de Ferrari (ou de Formule E), ça dépense, ça boit, ça chasse, ça pratique l'escrime, et ça organise de belles soirées mondaines pour trouver une jolie épouse-"princesse" au très fortuné prince, dans un décor lumineux, somptueux à souhait et royalement masculin.

Seul germe d'évolution depuis le film d'animation de 1950? La Cendrillon incarnée dit non et confronte la méchante belle-mère, qui, pour la punir, l'enferme (dans sa pauvreté) après avoir cassé son soulier de verre (le gauche, soit dit en passant) contre le mur. Cendrillon 2015, somme toute, exhibe un tantinet plus de cran qu'auparavant, alors que le "courage et la gentillesse" s'exprimaient inexorablement par une soumission silencieuse, voire bienheureuse, s'affairant à ses odieuses et pénibles tâches ménagères de manière exemplaire, soutenue par ses amis les oiseaux et les souris, en chantant et valsant gracieusement, tout en rêvassant secrètement. Le monde merveilleux quoi. (Pour qui au fait?)

Pour le reste, même rengaine merdique et leçon machiste: la femme, pour s'élever économiquement et socialement, doit nécessairement être sauvée par un prince charmant, un riche gentilhomme qui trouvera chaussure à son pied... euh, j'veux dire pied à la chaussure (la droite bien sûr), enfin, vous connaissez la fin de l'histoire. Ils se marièrent et vécurent heureux dans son château à lui, héritage paternel.

Qui a dit qu'on n'arrêtait pas le progrès?

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