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«Du mouvement vient l’inspiration»


C’est une pub de char. « Du mouvement vient l’inspiration ». En anglais ? In English ? « Movement that inspires ». C’est beaucoup plus joli en français. Vraiment. Selon l’équipe de marketeux de la compagnie KIA : « Le mouvement englobe le concept de changement perpétuel; changement d’environnement, de milieu, et par conséquent un changement de soi. » Euh, pas sûr. 

Dans la publicité qui tourne en boucle à la télé, on voit des gens, de belles personnes qui montent à bord d’une voiture et, confortablement assis sur un siège, ils roulent dans la nature. Ils changent de décor, certes, de milieu, d’environnement. Ils conduisent un véhicule. Alors que la voiture se déplace, elle, le corps humain, lui, n’est pas en mouvement. Il y a sûrement un bombardement de stimuli visuels et le reste, mais, je le répète, le corps du conducteur est immobile, contrairement à l’automobile. 

Plus important encore, changer d’environnement, de milieu ne provoque pas nécessairement un changement en soi. Pour cela, il faut une réelle prise de conscience. Ça demande une faculté à penser et, surtout, une capacité et une disposition à l’introspection. Plein de morons changent de décor et d’environnement et demeurent essentiellement des morons. Même chose pour les crétins, les taouins, les nouilles et les criminels. N’a qu’à regarder des touristes en vacances – et Dieu sait que j’en ai observé plein, pendant ces belles années sous le soleil caribéen. 

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Dernièrement, j’ai croisé des touristes espagnols au centre-ville de Montréal. Ils sont venus de Málaga avec leur chien Paco. Sans lui, je ne leur aurais sans doute pas adressé la parole ni même remarqués ; je capote sur les chiens. Et Paco ressemblait étrangement à mon ancien chien. Alors j’en ai profité pour me taper une sérieuse crise d’affection canine pendant qu’ils me parlaient de leur voyage au Quebec

On a jasé de longues minutes – avec mon espagnol boiteux. Ils m’ont raconté les quelque 2000km parcourus au Québec, entre autres, dans différents parcs nationaux. Ils m’ont parlé de la ville de Québec. Ils étaient abasourdis par le manque de « bilinguisme » dans la capitale. Les esprits se sont vite échauffés ; enfin, juste le mien, je crois. L’indépendantiste et la nationaliste en moi (que je suis profondément) les écoutait gentiment tout en flattant le beau Paco. « Le Canada est pourtant un pays officiellement bilingue ! Et plein de gens au Quebec étaient incapables de nous renseigner en anglais », m’ont-ils lancé apparemment scandalisés. 

J’ai pris une grande respiration. Je leur ai calmement parlé du statut très particulier du QUÉbec en Amérique du Nord – comme celui de la Catalogne en Espagne – tout en flattant Paco. Je me suis même réjouis devant eux d’entendre que beaucoup de gens ne maîtrisent pas suffisamment l’anglais dans certaines régions de cette « province ». Déjà qu’à Montréal, c’est l’inverse, trop de monde parle juste anglais. 

Respectueusement j’ai tenté de leur expliquer que nous ne vivons pas, nous, au Canada. Mais les touristes et les nouveaux arrivants (ça inclut aussi les maudits Français) choisissent le Canada, eux. Ils adorent et affichent le Canada avec cette insupportable feuille d’érable rouge sur leur casquette, leur chandail et leur sac d’achat. Ça urge, je vous dis, de se distinguer clairement en devenant un vrai pays, avec nos frontières et notre UNIQUE langue officielle, le français. 

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L’autre pub qui m’énarve ces temps-ci (et qui passe en boucle à CBC, celle-là) ? Choose Canada (Choisis le Canada). Maudit que ça l’air beau, le Canada, le pays juste à côté. Maudit que ça l’air le fun, le Canada, dans cette belle publicité. Je devrais sans doute louer un char et aller « provoquer un changement » en moi dans le ROC. 

Seul hic, chers amis et gentils touristes de passage, eux autres non plus ne sont pas tous réellement bilingues dans ce pays officiellement bilingue. Les exigences linguistiques s’appliquent-elles des deux côtés ?

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Photo : Sylvie Marchand, mosaïque serpent La Coata (détail), Institut culturel du Mexique, rue Peel, Montréal, sept. 2025.

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