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D’une activiste à une autre


Chaque dimanche, ils sont présents, apparemment. Il y a même des gens en stand-by, sur les côtés, pour remplacer les personnes fatiguées, ces
« anonymes » qui se tiennent là, debout, tout simplement, tenant des images fracassantes entre les mains, afin de dénoncer, de sensibiliser, d’informer la population.

Et forcément, quand une artiste-militante aperçoit ce qui semble être un acte de protestation quelconque, une performance artistico-politique quelque part, avec des masques en plus, eh bien, c’est sûr et certain qu’elle s’approche pour voir ce qui se trame derrière tout ça et pose des questions. « C’est quoi c’t’affaire-là ? »

« Le cube de la vérité » 

C’est au métro McGill que ça se passe (sortie vers un des gros centres d’achats insignifiants), chaque dimanche donc, depuis maintenant des mois. Ça s'appelle le « Cube de la vérité » (cubeoftruth.com), réalisé par les Anonymous for the Voiceless.

En gros, il s’agit d’un groupe d’individus masqués, portant le fameux masque des Anonymous, debouttes, coude à coude, formant ainsi un carré, vous l’aurez compris, tout en tenant un laptop entre les mains, lequel diffuse en boucle des vidéos épouvantables et effrayantes sur la cruauté animale.

Ça frappe particulièrement fort, ces images, ça rentre dans le dash. Les activistes n’ont nullement besoin d’en rajouter, de crier, de faire quoi que ce soit en fait, les images parlent d’elles-mêmes, cruelles, violentes, percutantes.

Et même si j’en avais vu plein d’autres auparavant, des images semblables, des très, très similaires, dans différents documentaires, dans le temps de l’dire, c’est-à-dire trois secondes et quart environ, je pleurais comme une Madeleine.

Nathalie (or Natalie), une anglophone qui parle un excellent français soit dit en passant, tentait pour sa part de me consoler. « T’inquiète, que je lui ai dit. Don’t worry. Je suis habituée de pleurer, même en public. Et j’en ai rien à foutre. » (Ça s’appelle de l’hypersensibilité – j’ai déjà écrit un p’tit texte là-dessus dans le passé, ailleurs, lequel circule en France depuis quelque temps... Go figure.)

Bref, après que Nathalie m’ait offert une accolade, un beau gros hug pour me remonter le moral, on a jasé de ces images, de leur provenance et de ce que l’on mange… « Non, je ne suis pas végane. Je mange encore des produits provenant d’animaux comme des œufs, du bacon, du fromage, du miel », lui ai-je avoué d’emblée. « Ouais mais le miel, simonac, Natalie… »

On a discuté, pas juste des abeilles et du miel, mais de notre rapport aux animaux en général, de leur sensibilité, les animaux étant eux aussi des êtres sensibles.

Et malgré la violence au cube carré dans laquelle on baignait, la charge continue de ces images brutales qui me foudroyait tout en me brassant l'intérieur de tous bords, tous côtés, Nathalie, elle, ne m’a jamais attaquée.

En aucun moment, elle n’a tenté de me convertir, de me persuader de quoi que ce soit, ni même de me réprimander sur ce que je mange depuis longtemps.

Mieux encore, elle a simplement et gentiment parlé de son expérience, de sa propre transition vers le végétarisme, et puis, par la suite, le végétalien. Je dirais même que c’est sa douce présence et son non-jugement qui m'ont amenée à pousser ma réflexion plus loin, sur ce que je mange et de possibles substituts. Discuter en personne, tsé, c'est très différent que seul-e derrière un écran insensible ou un téléphone « intelligent », les corps étant présents... Ça change tout, à mon humble avis.

Le mot magique qu’elle a prononcé et qui m’a fait allumer ? Progressivement. « Ben oui, ça fait du sens. » Moi-même, j’enseignais ça en danse.

Je lui ai donc promis, sur-le-champ (et celui de ma conscience), que j’éliminerais au moins un produit animal, dès maintenant, et que je verrais sérieusement à ce que je peux définitivement changer dans mes habitudes alimentaires. J’ai eu droit à un autre hug... (C'est-y pas beau, l'amour, au centre-ville de Montréal en plus !)

Et en rentrant tranquillement à la maison en métro, toujours hantée par ces images épouvantables, mais retenant néanmoins le restant de mes larmes – s’ils sont capables de fermer les chutes Niagara… Avez-vous vu ça, à Découverte ? -, bref, je pensais à tous ces gens qui se mobilisent, ici et là, des individus parfaitement inconnus, de vrais anonymes, qui prennent de leur temps, chaque fin de semaine, se déplacent, se tiennent là, debout, dans un endroit public. Ça aussi ça me touche plus que tout : la mobilisation citoyenne.

Du monde deboutte, viarge, pour leurs convictions, en personne, en vrai là, sans insultes, ni violence, ni attaques personnelles, ni rien de tout ça. Des bipèdes à la défense des autres, comme des quadrupèdes et des « voiceless ». Ça avec, ça me fait vibrer en-dedans, même que ça me bouleverse complètement.

C'est aussi ça, le vrai changement, de petites révolutions individuelles, à l'intérieur de chacun, des modifications graduelles. « One step at a time », proposait la douce Nathalie. C’est ce que je disais, comme en danse.

***

Par curiosité, ou pour faire un pas de ce côté :
Le groupe de Montréal est évidemment sur Facebook

Quelques liens suggérés par le groupe d'activistes :
Vegemontreal.org / La cuisine de Jean-Philippe / Happycow.net

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