Passer au contenu principal

Un 22 septembre sur Terre


Montréal, samedi 22 septembre 2018 - L’été partait d’un bord, l’automne arrivait de l’autre, la campagne électorale prenait une pause en raison d’une tornade à Gatineau, et Mercure était apparemment en synchro avec Mars... je n’ai aucune idée ce que cela signifie, mais il semble que ce soit important en astrologie.

Et encore ce samedi, des gens ont marché. Beaucoup même, avec leurs enfants, leurs bébés et leurs chiens. Le Devoir l’avait même mentionné comme un des événements « à surveiller » ce weekend : La planète s’invite dans la campagne*. Et pourtant, personne n’en a pas parlé. Les médias ont ignoré ce rassemblement, sans doute parce qu’il n’y avait pas de maudites vedettes mais que des citoyen-nes ordinaires, des vrais pourtant, en chair et en os, qui se sont déplacés pour canaliser, voire sublimer leur anxiété (oui, certains m’en ont parlé), mais d'abord exiger des partis politiques que non seulement ils parlent d’environnement mais qu’ils agissent au plus sacrant.

Alors que certains affirmaient que « [n]ous étions seulement 1500 samedi dernier [15 sept.-18] sous un soleil de plomb… », laissez-moi vous dire que chez les activistes et nombreux organisateurs de manifs, on appelle ça un franc succès, une maudite grosse manif même. Car mobiliser des gens pour une cause commune, collective, depuis quelques années, relève de l’extraordinaire. Bien souvent, trop souvent même, ces manifestations et ces marches citoyennes sont portées par une poignée d’individus, d’insurgés ou d’illuminés que l’on compte généralement par dizaines ou par centaines.

À titre comparatif, la marche « Dehors Barrette », en plein mois de février, avait rassemblé quelque 800 à 1000 personnes.  Un événement monstre, du bonbon pour les médias, tout le monde en a parlé. Or samedi dernier, la marche réunissait quoi 1600 ? 1800 ? 2000 personnes ? Allez savoir, personne n’en a parlé. Et oui, dans ce cas bien précis, je blâme les médias - qui d’autre ? – d’ignorer la population qui en a véritablement marre de l’inaction du gouvernement. Vous attendez quoi pour parler des enjeux de société qui préoccupent les vrais gens ? De la casse ? De la violence dans les rues ? Un char renversé ? Ou que Ricardo s’amène, accompagné de Marie-Mai ?

Ou est-ce tout simplement du mépris, encore une fois, envers les gens ordinaires (voir Être ordinaire) qu’on n’hésite pas à grossièrement récupérer lorsque les réseaux sociaux « s’enflamment », eux, comme le « Pas tellement » de Mme Chagnon, alors que sa peur et ses craintes sont, elles, bien réelles, mais sans doute, là encore, trop anxiogènes pour tout le monde.
***
Aussi, en ce 22 septembre, dans un tout autre ordre d’idée, encore cette année, j’ai eu une pensée (en préparant ma pancarte verte) pour notre grande dame de la danse au Québec, laissée aux oubliettes, voire négligée : Mme Ludmilla Chriaeff, surnommée Madame, comme on appelait Jacques Parizeau, Monsieur. Le revoici donc, ce texte : Je me souviens... de Ludmilla Chiriaeff.

Car rien n’a changé aux Grands Ballets. Non seulement Madame a à nouveau été instrumentalisée par le Boys Club des Grands Ballets dans leur odieuse programmation 2018-2019 Trouver la femme, mais en plus, pendant que tous les milieux artistiques se démènent pour l’avancement réel et concret des femmes – au théâtre, au cinéma, en littérature, etc. -, on a encore nommé un homme à la direction générale de la compagnie de ballet classique. Une autre belle occasion ratée.

L’avez-vous vu passer ? L’annonce a été faite en douce, sans trompette cette fois, en plein mois d’août, pendant que tout le monde lisait ou flânait dans son hamac, tout en sirotant un punch especial sur le bord d’un lac quelque part (bande de chanceux), soit  la nomination d'un nouveau directeur, M. Marc Lalonde, après le départ plutôt soudain de M. Alain Dancyger en mars dernier (kof, kof), qui sera en poste dès le 1er octobre prochain.

Après des décennies de profond sexisme et d’instrumentalisation des femmes au sein de cette institution publique machiste, on va donner une chance au coureur... puisque les Grands Ballets sont sensés « incarne[r] l'ouverture, la créativité et l'audace, dans une vision de société inspirée et généreuse. » Beau programme irréel... Bref, on l’attend, lui aussi, de pied ferme.

Pour terminer, Falardeau encore (oui, j’ai le piton collé ces temps-ci, mais à ma défense, c’est à propos) ... qui parlait de mystification chez les Grands Ballets canadiens à une certaine époque, pas si lointaine : « Moi, ce que je trouve grossier, ce sont les Grands Ballets canadiens déguisés en Québécois sur une musique de Gilles Vigneault : en collants, avec ceintures fléchées et chemises à carreaux. Comme entreprise de mystification et de folklorisation d’un peuple, je trouve ça d’une subtilité! Subtil, mais grossier et méprisant. » (1)

Encore et toujours le mépris du peuple et de belles mascarades.
-----
* Visionnez la vidéo de Mario Jean.

(1) Extrait du texte Le boxeur et le boulanger (p.47-72), dans La liberté n’est pas une marque de yogourt (Typo, 2009, p.64).

Messages les plus consultés de ce blogue

Le Prince et l’Ogre, le mauvais procès

Poursuivi en justice pour des agressions sexuelles et des viols qu’il aurait commis à l’endroit de plusieurs femmes, un homme connu du grand public subit un procès. Dans le cadre de ces procédures, des témoins défilent à la barre. Parmi ceux-ci, des amis de longue date, des proches, des collègues et d’anciens collaborateurs venus témoigner en faveur de l’accusé. Tous soulignent sa belle personnalité, le grand homme qu’il a toujours été. Ils le connaissent bien ; cet homme n’est pas un agresseur. Au contraire, il a toujours joui d’une excellente réputation.  C’est un homme « charmant, courtois, poli et respectable » tant envers les hommes que les femmes, répéteront-ils. Il est « un peu flirt », certes, « comme bien d’autres ». Mais personne n’a souvenir qu’on ait parlé en mal de lui. Jamais. Parfois, il est vrai, il a pu se montrer insistant envers quelques femmes, affirmera lors d’une entrevue un excellent ami depuis le Vieux Continent. Mais on pa...

Pour en finir avec Cendrillon

Il existe de nombreuses versions de « Cendrillon, ou, la Petite Pantoufle de verre », comme Aschenputtel,  ou encore « Chatte des cendres »... passons. Mais celle connue en Amérique, voire dans tous les pays américanisés, et donc édulcorée à la Walt Disney, est inspirée du conte de Charles Perrault (1628-1703), tradition orale jetée sur papier à la fin du 17 e  siècle. D'ores et déjà, ça commence mal. En 2015, les studios Walt Disney ont d'ailleurs repris leur grand succès du film d'animation de 1950 en présentant  Cinderella  en chair et en os, film fantastique (voire romantico-fantasmagorique) réalisé par Kenneth Branagh avec l'excellente Cate Blanchett dans le rôle de la marâtre, Madame Trémaine ( "très" main , en anglais), généralement vêtue d'un vert incisif l'enveloppant d'une cruelle jalousie, Lily James, interprétant Ella (Elle) dit Cendrillon (car Ella dort dans les cendres, d'où le mesquin surnom), Richard Madden, appelé Kit (l...

"Ode à la femme", mon œil

La programmation 2018-2019 des Grands Ballets canadiens de Montréal a été dévoilée la semaine dernière. Selon le nouveau directeur artistique, Ivan Cavallari, la prochaine saison sera une « ode à la femme ». Yeah right . L’art (peu subtil) d’instrumentaliser le mouvement des femmes  Voilà une autre preuve que la compagnie Les Grands Ballets canadiens de Montréal est bel et bien menée par un Boys Club (voir Faire bouger le monde. N’importe comment. ). Une femme au sein de l’équipe de la direction, avec du poids s’entend, aurait dit : « Un instant les mecs, vous êtes complètement dans le champ, et du mauvais côté de l’histoire qui plus est ». Partir «  à la découverte de la femme  » serait le fil conducteur de la prochaine saison des Grands Ballets. À la découverte de la femme ? What the fuck ... Et ça c’est rien. Faut maintenant s’intéresser à la programmation dans ses détails, toujours pertinents - le diable s'y trouve tout le temps. En...

Je me souviens... de Ludmilla Chiriaeff

(photo: Harry Palmer) La compagnie de danse classique, les Grands Ballets canadiens, a été fondée par une femme exceptionnelle qui a grandement contribué à la culture québécoise, Ludmilla Chiriaeff (1924-1996), surnommée Madame. Rien de moins. Femme, immigrante, visionnaire Née en 1924 de parents russes à Riga, en Lettonie indépendante, Ludmilla Otsup-Grony quitte l’Allemagne en 1946 pour s’installer en Suisse, où elle fonde Les Ballets du Théâtre des Arts à Genève et épouse l’artiste Alexis Chiriaeff. En janvier 1952, enceinte de huit mois, elle s’installe à Montréal avec son mari et leurs deux enfants – elle en aura deux autres dans sa nouvelle patrie. Mère, danseuse, chorégraphe, enseignante, femme de tête et d’action, les deux pieds fermement ancrés dans cette terre d’accueil qu’elle adopte sur-le-champ, Ludmilla Chiriaeff est particulièrement déterminée à mettre en mouvement sa vision et développer par là même la danse professionnelle au Québec : « Elle p...

Les couilles sont mortes, vive les gonades!

Certaines expressions du langage m'exaspèrent au plus haut point. « L'homme de la situation   » par exemple - même si celle-ci a bien servi à faire connaître  la première mairesse de Montréal lors du lancement de sa campagne  -, ou encore, l'emploi du mot Homme pour désigner le genre humain ( Urrgh  - à ce propos, consultez  L'Homme avec sa grosse hache ). Une autre expression qui m'irrite les tympans et me fait grincer des dents ? « Avoir des couilles   » pour parler de quelqu'un faisant preuve de courage. Cela va sans dire, posséder des testicules n'est pas garant de courage ni même d'un avantage moral. Ainsi, pour être plus exact, et surtout égalitaire, on devrait plutôt parler de gonades . Si, si, de gonades. Des gonades ? Terme anatomique général employé pour désigner les organes reproducteurs chez l'animal, soit les testicules chez l'homme et les ovaires chez la femme, les gonades apparaissent au tout début du développement embryon...