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Maripier Morin: la dissonance «belle-mauvaise»


Oubliez la pandémie, la COVID-19 et ses effrayants variants, comme 501.V2 ou B.1.351. Oubliez les sans-abri, les itinérants et la crise du logement. On n’en a, ces jours-ci, au Québec, que pour l’affaire Maripier Morin et son récent passage à l’émission Tout le monde en parle. Ça ne s’invente pas. 

Plusieurs professionnels de l’image, des relations publiques et des tactiques de communication ont été appelés à se prononcer sur diverses tribunes, à étayer leurs analyses et leur expertise, à savoir si le retour de la belle animatrice est une bonne affaire ou pas (lire entre autres Le mea culpa de Maripier Morin ne convainc qu’à moitié, Le Devoir, 4 mai 2021). 

D’une part, disons-le franchement, s’il s’agissait d’un homme, d’un agresseur, d’un intimidateur ou d’un « graineux » de verre, il n’aurait jamais été invité sur le plateau de l’émission dominicale. (Ou est-ce que tous ces messieurs ont refusé l’invitation l’automne dernier ?) 

Maripier Morin est non seulement une très belle jeune femme qui passe merveilleusement bien au petit écran, elle a un visage parfait, c’est-à-dire symétrique. Et les études psychologiques à ce sujet sont nombreuses et plus que claires : on attribue toujours aux belles personnes, sans même les connaître, les meilleures qualités du monde. Les gens beaux sont d’emblée perçus et considérés comme étant foncièrement bons, gentils, sympathiques, compétents, aimants, et donc, aimables. 

D’autre part, la vraie question demeure : Êtes-vous surpris ? Êtes-vous vraiment étonnés d’apprendre que la « belle fille » n’est pas très gentille avec les gens qui l’entourent ? 

Le problème à la racine 

Maripier Morin a débuté sa carrière dans l’espace public en 2006 dans une émission de téléréalité intitulée Occupation double, dont le concept, apparemment, repose essentiellement sur « une compétition où des participants sélectionnés par un processus d'auditions doivent cohabiter dans des maisons (généralement séparés par sexe) et tenter de trouver l'amour, le but ultime étant de former un couple. À l'aide d'activités et de voyages, ils se côtoient, font connaissance et, éventuellement, tombent amoureux. Chaque semaine, les garçons doivent éliminer une fille ou les filles doivent éliminer un garçon, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un couple gagnant, qui se partage de nombreux prix. » (Merci Wikipédia)

Déjà, ça ne vole pas haut. 

À l’issue de sa participation à cette émission, Maripier Morin, alors âgée de 20 ans, en est ressortie avec l’étiquette de « bitch » (lire La bitch, le douchebag et la cochonne, La Presse, 11 nov. 2015). Elle manipulait les autres pour parvenir à ses fins, se montrait détestable, et, selon ses dires, buvait sur le plateau de télévision avec ses camarades. Le "travail" et l’alcool allaient déjà de pair dès le début de sa carrière. Les tricheries, la bitcherie et les tromperies aussi. OD a été une formidable école, de même que les prémisses de sa « marque », y laissant l'empreinte de sa véritable personnalité au passage. 

Ses comportements « irrespectueux » envers les autres étaient non seulement souhaitables, à l’époque, mais profitables, renforcés par une industrie du divertissement télévisuel vide de sens qui met en scène des gens extravertis, flamboyants, manipulateurs à souhait, voire controversés, répondant précisément au casting désiré. 

En d'autres mots, son problème de comportement n’était aucunement un problème… jusqu’à ce qu’il en devienne un, bien réel, dans la vraie réalité, tant sur les plateaux de tournage que dans sa vie personnelle. 

Une formidable comédienne

En plus d’être ravissante, envoûtante, hypnotisante, Maripier Morin est une femme intelligente. Elle contrôle depuis longtemps son « branding » et le message qui alimente tant son image que son compte de banque. 

Or, il n’y a pas et il n’y a jamais eu DEUX Maripier Morin, une « privée » et une autre au travail  lâchez-moi les baskets avec le concept de « dédoublement de personnalité ». On n’est pas, ici, dans un cas de « personnalités multiples », ni de dissociation que vivent bien souvent des victimes d'agression sexuelle. Il s’agit, toujours selon elle, d’un problème de « consommation » et de « dépendance » (affective j’ajouterais), et ce, même au travail, en plus d'un sérieux problème de contrôle de ses pulsions agressives, de ses propos odieux et immatures, et surtout, d'un urgent besoin de contrôler son image. 

« L'image est contrôlée, tout est calculé, mais le propos ne l'est pas! », affirmait fièrement la belle et brillante comédienne, en 2018, quand tout allait bien. 

« Tout est calculé. Dans le "branding", on est très conscients de ce qu'on fait. Ce n'est pas tout le monde qui est d'accord avec notre façon de faire, mais, en ce moment, ça fonctionne. » (Lire Maripier Morin: image de marques, La Presse, 13 mai 2018).

Ça fonctionne bel et bien, le contrôle de l’image, jusqu’à l'atteinte d'un point de rupture, et pour combien de temps encore. Car la dissonance entre une image de marque et la vraie réalité finit toujours par rattraper les personnalités publiques. Parlez-en notamment à Ellen DeGeneres qui a perdu plus d'un million de téléspectateurs, en quelques semaines à peine, pour des comportements et un climat de travail jugés toxiques. Be kind to one another? Yeah right.

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