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Cheveux, poils et pilosité politique (bis)


On n’est clairement pas sorti du bois du sexisme et du « deux poids, deux mesures ». À écouter tous les discours, à lire ces interminables chroniques sur la pilosité des femmes depuis quelque temps, c’est dire à quel point l’égalité est loin d’être atteinte au Québec : poils, pas poils, voile, pas voile… On va finir par tous s’arracher les cheveux de la tête.

Cheveux et poils… au féminin seulement 

C’est un sujet qui m’intéresse depuis longtemps : le corps des femmes versus celui des hommes et leurs différents symboles ou portée symbolique (entre autres, Cheveux, poils et pilosité politique).

Et ça continue…

Récemment, ce fut le « dossier » (on ne peut plus insignifiant) des aisselles poilues d’une certaine députée solidaire en manque de lumière qui en a fait jaser plusieurs et couler beaucoup trop d'encre. Tout juste avant, le débat sur la laïcité portait plus particulièrement sur les cheveux des enseignantes et un symbole religieux : peuvent-elles porter le voile ou non… A-t-il été question des cheveux des hommes ? Pas à ma connaissance.

En février dernier, petit rappel intéressant, l’animateur des Francs-Tireurs Benoît Dutrisac rencontrait des femmes Noires pour leur parler de la teneur identitaire et politique de leurs cheveux. Hey oui, encore les cheveux des femmes…

Encore le corps des femmes, en fait, son apparence, ses vêtements, ses poils, son âge, et tout le reste tout aussi superficiel.

Notons qu’on parle rarement du corps des hommes car il lui appartient déjà, et ce, depuis toujours. Lui, il a le droit de faire ce qu’il veut avec son corps, de se montrer, de paraître, de se vêtir comme bon lui semble. Monsieur peut être gros, vieux, laid, chauve, porter un toupet, s’habiller en éternel ado, qu’importe, cela ne change strictement rien, c’est l’esprit de monsieur qui intéresse le monde, et donc ses idées brillantes, voire géniales, sa grande intelligence, ses compétences, sa fabuleuse créativité, ses capacités intrinsèques et « naturelles ». C'est son opinion qui compte, sa vision, partout, tout le temps.

Or la femme, elle, demeure encore, au XXIe siècle, réduite à la notion de corps, dénuée d’esprit et donc d’intelligence. Je mets ça sur le dos de la pensée dualiste de Descartes et du boys club de l’Église catholique, mais bon, pour les détails de l'argumentaire fait maintes fois dans un autre contexte, ce sera pour un autre tantôt…

Pendant ce temps, pendant qu’on s’excite le poil des jambes et qu’on parle encore des cheveux des femmes et de leur pilosité en général, je vous ferai remarquer que l’on demeure loin, très loin des vrais enjeux de société féministes, de l’avancement des droits des femmes, de la reconnaissance de leur travail, de leurs compétences, de leurs idées, de la parité, des iniquités salariales, de leur objectification – c’est le Grand Prix ce weekend en passant -, du contrôle patriarcal de leur corps, de leur asservissement, et j’en passe.

Vous souvenez-vous de la marche Du pain et des roses lancée par Françoise David pour dénoncer la pauvreté et la violence faite aux femmes dans les années 90 ? On en est bien loin, même qu'on régresse. On parle de poils, mesdames et messieurs, on exhibe son aisselle…

Oubliez la profondeur des enjeux, la situation socio-politico-économique des femmes, leur place au pouvoir, on demeure en surface de la peau, féminine bien entendu. On a encore bien des croûtes féministes à manger pour atteindre l'égalité.

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