Passer au contenu principal

Les narcissiques sont parmi nous (2)


L’accès à La Presse + nécessitant une maudite tablette que je ne possède pas, j’ai développé, depuis quelque temps déjà, une longue et fastidieuse « tactique de recherche des pauvres » - nécessité et inventivité seront toujours de joyeux compères - qui consiste à parcourir les réseaux sociaux de ce monde, notamment de nombreux journalistes et personnalités publiques, en quête de quelques précieux articles, chroniques, opinions et informations.

Quelqu’un a-t-il dit accès à l’information ? …

Bref, ce long exercice de fouille acharnée impliquant plusieurs détours dans l’espace virtuel « des internets » m’expose à toutes sortes d’infos inutiles, futiles, voire TMI comme diraient les jeunes, too much information.

Cette pénible technique d’accès à l’information journalistique (ça sonne bizarre, vous ne trouvez pas?) m’a fait découvrir un monde dont j’imaginais l’existence mais n’avais jamais observé d’aussi près, n’étant pas active sur les réseaux sociaux, soit l’univers égocentrique de la vedette journalistique… Oh boy.

Pas tous, soyons clairs, mais dans nombreux cas, ça ressemble à beaucoup d’autopromotion accompagnée d’innombrables photos du moi en question : je suis là, j’existe, aimez-moi oui, likez-moi.

Et ça gazouille pas à peu près…

J’ai écrit ceci.
Untel a mentionné que j’ai effectivement écrit cela.

Je suis ici.
Machin-chose a remarqué que j’étais bien là.

Je passe à la télé.
Chose Binouche aime que je sois à la télé (avec une image de la personne à la télé).

Aïe, aïe, aïe… Vraiment? On est rendus là dans « l’évolution » humaine? Des journalistes vantant leur propre présence ici et là plutôt que de diffuser de l’information?

Le vedettariat, ce besoin irrépressible d’être ou de devenir une célébrité avec beaucoup de « like », de « j’aime » et de « suiveux » afin d'éventuellement porter une lettre de catégorie A, B, C, etc. - comme de la viande là, vous me dites ? - est un fléau qui pousse la société à sa dérive.

Même qu'aux dernières élections municipales à Montréal l'automne dernier, plusieurs journaux ont présenté le profil des deux candidats à la mairie en mentionnant leur nombre « d’amis » Facebook et de « suiveux » sur leur fil de gazouillement respectif, comme s’il s’agissait là d’une donnée pertinente.

Un autre journaliste, lui, des Francs-tireurs celui-là, a reproché à Mme Valérie Plante le faible nombre de « suiveux » sur son compte Twitter, concluant l'entrevue « c’est gênant ». Aussi « impopulaire » pouvait-elle paraître, madame Plante a néanmoins remporté la victoire. Qu’est-ce que le nombre de « suiveux » vient faire dans tout ça, ou encore l'appui de certains éditoriaux?

Les médias d'information sont de plus en plus déconnectés de la vraie réalité, celle des gens ordinaires - vous vous souvenez de ces gens, non? - qui aspirent à bien d'autres choses que de devenir une simple vedette, pour qui la contemplation de soi-même est reine et maîtresse.

Messages les plus consultés de ce blogue

Le Prince et l’Ogre, le mauvais procès

Poursuivi en justice pour des agressions sexuelles et des viols qu’il aurait commis à l’endroit de plusieurs femmes, un homme connu du grand public subit un procès. Dans le cadre de ces procédures, des témoins défilent à la barre. Parmi ceux-ci, des amis de longue date, des proches, des collègues et d’anciens collaborateurs venus témoigner en faveur de l’accusé. Tous soulignent sa belle personnalité, le grand homme qu’il a toujours été. Ils le connaissent bien ; cet homme n’est pas un agresseur. Au contraire, il a toujours joui d’une excellente réputation.  C’est un homme « charmant, courtois, poli et respectable » tant envers les hommes que les femmes, répéteront-ils. Il est « un peu flirt », certes, « comme bien d’autres ». Mais personne n’a souvenir qu’on ait parlé en mal de lui. Jamais. Parfois, il est vrai, il a pu se montrer insistant envers quelques femmes, affirmera lors d’une entrevue un excellent ami depuis le Vieux Continent. Mais on pa...

Les Grands Ballets canadiens et la guerre commerciale américaine

La guerre commerciale «  made in USA  » est commencée. De toutes parts, on nous invite à boycotter les produits et les services américains. Quoi ? Vous songiez aller en vacances aux États-Unis cette année ? Oubliez ça ! Il faut dépenser son argent au Canada, mieux encore, au Québec. Dans ce contexte, on nous appelle également à boycotter Amazon (et autres GAFAM de ce monde) ainsi que Netflix, Disney, le jus d’orange, le ketchup, le papier de toilette, etc. – nommez-les, les produits américains –, en nous proposant, et ce un peu partout dans les médias québécois, des équivalents en produits canadiens afin de contrer la menace américaine qui cherche ni plus ni moins à nous affaiblir pour ensuite nous annexer. Les Américains sont parmi nous  Pourtant, les Américains sont en ville depuis longtemps. Depuis 2013, en effet, les Grands Ballets canadiens de Montréal (GBCM) offrent une formation américaine ( in English, mind you , et à prix très fort qui plus est) sur notre territo...

«Boléro» (2024), l’art de massacrer la danse et la chorégraphe

  Réalisé par Anne Fontaine ( Coco avant Chanel ), le film  Boléro  (2024) porte sur la vie du pianiste et compositeur français Maurice Ravel (Raphaël Personnaz) durant la création de ce qui deviendra son plus grand chef-d’œuvre, le  Boléro , commandé par la danseuse et mécène Ida Rubinstein (Jeanne Balibar). Alors que Ravel connait pourtant un certain succès à l’étranger, il est néanmoins hanté par le doute et en panne d’inspiration.  Les faits entourant la vie de Maurice Ravel ont évidemment été retracés pour la réalisation de ce film biographique, mais, étrangement, aucune recherche ne semble avoir été effectuée pour respecter les faits, les événements et, surtout, la vérité entourant l’œuvre chorégraphique pour laquelle cette œuvre espagnole fut composée et sans laquelle cette musique de Ravel n’aurait jamais vu le jour.  Dans ce film inégal et tout en longueur, la réalisatrice française n’en avait clairement rien à faire ni à cirer de la danse, des fai...

Faire du pouce à Montréal

Je n’en pouvais plus d’être dans Hochelag’. Deux jours de grève de la STM et je capotais. Prise en otage dans un immeuble miteux, en plus d’un concierge méchant, bruyant et exécrable pendant deux jours consécutifs, je me sentais déjà comme durant le Grand Confinement de 2020. Faut dire que j’ai depuis plusieurs années ma petite routine au centre-ville. À tous les jours, je prends le métro. Et même que je me déplace plusieurs fois par jour. Je suis toujours en mouvement, en déplacement, demeurant rarement plus de deux heures au même endroit. C’est comme ça, il faut que je bouge. Alors déterminée à marcher plus d’une heure pour me rendre au centre-ville de Montréal, à mon café habituel, à la Grande Bibliothèque chercher un livre et le reste, j’ai pensé : « Va faire du pouce sur Hochelaga ! C’est sûr que quelqu’un va arrêter. Tout le monde sait qu’il y a une grève des transports ! » Et, comme de fait, c’est arrivé.  Après environ quatre minutes et demie de pouce sur la...

La religion capitaliste

« Au nom du père, du fils et du capitalisme ». Voilà une des affiches que j’ai aperçues maintes fois durant tout le printemps froid et maussade. Elle était tantôt placardée dans les ruelles du Quartier Latin, tantôt quelque part sur le Plateau Mont-Royal à Montréal.  Le char en feu sur l’affiche se voulait également un joli clin d’œil à toutes ces voitures électriques de marque Tesla vandalisées ou brulées durant le printemps dernier. Un peu partout en Occident, des manifestants et des casseurs tentaient par là même de dénoncer les dérives autoritaristes de l’homme le plus riche au monde, Elon Musk. (Y a-t-il un véhicule plus laid que le Cybertruck de Tesla, d’ailleurs ? Mais qu’importe.) Elon Musk a depuis quitté la Maison-Blanche, en rupture avec son ami, le président orange. À suivre. Ils vont peut-être reprendre…  « Au nom du père, du fils et du capitalisme »  La Sainte Trinité de l’économie. Oui, Monsieur. Au masculin qui plus est. À l’instar des ...